Albert Gleizes Albert Gleizes 10 Les deux reproductions ci-contre marquent Ie dénoue- ment d'une situation que les ébranlements successifs ne par- venaient pas jusqu'ici a modifier réellement. C'est sur la peinture reproduite en a, sans modification de structure et de couleur, que fut surajoutée la combinaison rythmique grise, telle qu'on la voit en b. Au simple coup d'oeil, on peut apprécier la difference, statisme en a, mouvement en b. Mais on peut aussi sentir que s'i! y a, en b, un changement réel de situation, ce changement dénonce brutalement I equi voque de la structure a. Le passage de a a b se fait sans continuité Ie mouvement est le fait d'un contraste trop grossièrement mécanique. Lorsqu'en 1934 j'ai surajouté, sur des peintures d'époques diverses de 1923 a 1934 ces reprises en gris, noir et blanc, du thème que me fournissaif chacune de ces peintures, j'ai apergu la lacune en merne temps que I'acquisition. La lacune etait dans I absence d un état intermédiaire entre le statisme spatial et Ie rythme, simultanément immo bile et mobile. L état a était une confusion provenant d'une conjonction prématurée de l'immobile et du mobile, de i'or- dre de cet espace-temps de la physique moderne, sans réa- Iité et sans issue, parce que ni I'espace, ni le temps ne sont compris dans leurs natures. Obligé d'etre bref, je me con tente d'indiquer cette hérésie intellectuelie de notre épo que responsable du désordre des esprits et de la déchéance de I idéé plastique. L état de la reproduction a montre cette hérésie I espace et le temps ne se différencient pas dans leurs natures personnelles. Aussi le rythme dans sa nature leur est superposé alors qu'il devrait leur être aboutisse- ment. D'avoir compris la nécessité et le caractère du rythme, dénouement de la mesure-espace et de la cadence-temps, de I avoir surajouté a des peintures qui avaient été faites sans le prévoir, j'ai pu me rendre compte de toutes les faiblesses de I organisation spatiale et temporelle. Les deux peintures reproduites ici marquent la conclusion, dans le principe, de recherches qui durent depuis presque trente ans. Depuis cet instant, j ai réalisé des peintures en m'efforgant de situer clairement, dans leurs natures, les expressions espace et temps, celui-ci n étant que le contre-point ou la fugue de celui-la le rythme, qui est la forme, la lumière, arrivant comme ineluctable recompense d avoir obéi a l'ordre sur les plans inferieurs, d avoir, la, tendu vers la perfection, vers I absolu. Daris le prochain numero d A. C., je donnerai des reproductions de ces peintures oü les trois plans s'étagent, se hiérarchisent et se relient.

Abstraction création art non figuratif fr | 1935 | | page 12