Gleizes 1935 Gleizes 1935 Albert GLEIZES. .ure, comme mode d'imitation plus ou moins sentimental, avec toutes les variantes que I'on voudra, autorise n'importe qui a parler d elle sans se compromettre. C'est d'un repor- rage qu 11 s agit et que I'on agrémente de quelques clichés cueillis, dans la fréquentation des ateliers. Aussi la critique ressortit-elle, de la formation intellectuelle littéraire sans plus de cette formation qui tient le corps et les membres dans la fainéantise et que consacrent d'illusoires diplómes; qui eleve une barrière entre les hommes qui continuent a agir par I exercice dun métier et ceux qui dissertent théorique- ment, en dehors de toute expérience. II n'en va plus de meme avec l'autre entendement de la peinture, celui qui la considère dépendante de sa nature comme il en est de la musique. L'auditeur d'une mélodie sur des paroles sera tou- |ours autorisé a dire Jaime ou je n'aime pas eet air lè. A moins d être totalement fermé a tout sentiment musical il ne dira jamais Je ne peux juger de cette mélodie paree que )e ne comprends pas les paroles. Pour la peinture sans images descriptives, ce sera méme chose. Le spectateur de- vra d abord se poser la question Est-ce que j'aime ces accords et cette mélodie de couleurs Ainsi il ne s'éga- rera pas dans des considérations étrangères et ne commet- tra pas une hérésie en disant Je ne trouve pas lè une imi tation d images alors je ne vois pas la couleur je ne vois pas d arbres, pas de pommes, pas de fesses, par conséquent il n y a pas de sensualité picturale, il n'y a pas de peinture. D autre part, le censeur musical est obligé de connaitre les oremiers secrets de la technique du musicien. II lui faut étu- dier, faire un effort, montrer une certaine compétence avant de pouvoir parler musique le premier venu, méme aujour- d hui, ne saurait, du jour au lendemain s'improviser critique musical méme, s il était capable de réciter sans se tromper es noms des musiciens célèbres du passé, avec les dates de ,eur naissance et leurs oeuvres. Pour la peinture réintégrée dans sa nature il en va de méme ii faudrait d'abord prou- ver médicalement qu'on nest pas atteint de déficience ocu- 'a're, de daltonisme, par exemple, ce qui correspond a la paralysiede la vue ensuite, apprendre les secrets élémentaires de la technique picturale étudier, faire un effort, montrer une certaine compétence avant que de critiquer sérieusement la peinture. Avant de pouvoir dépas- ser ce qui est l'apanage de tout le monde J'aime ou je n'aime pas. Si méme la suppression de l'image et du spectacle ne devait être que temporaire elle aura déjè pour consé- quence salutaire d'opérer un redressement du sens véridique du mot peinture Elle obligera l'équivoque a se dénouer. On pourra dénombrer, parmi ceux qui font de la peinture ou qui en parient, ceux qui en ont vraiment le sens. On sera surpris de^ leur^ petit nombre. C'est la conséquence de la perte généralisée de la responsabilité plastique de l'homme. Par une intoxication de conserves intellectuelles on a Fini par supprimer I homme en acte, l'homme qui se crée de l'in- térieur vers l'extérieur. Le drame actuel repose sur le conflit entre l'homme qui observe et théorise et l'homme qui agit et enseigne. Le premier se défend encore tant bien que mal maïs la victoire est, paree que lui seul est vivant, déja acquise au second. Quand on réclame le retour de l'homme, on ne se rend pas compte que c'est de celui-lè qu'il s'agit! non du rajeunissement de l'humaniste vieilli qui est bien eet observateur impotent, separe du monde des formes, se sur- vivant dans des apparences et des souvenirs négatifs.

Abstraction création art non figuratif fr | 1936 | | page 10