Pour I'artiste, les expériences les plus graves dans Ie do- maine des idéés se réduisent en définitive a servir une seule cause l'art. Les oventures. spirituelles les plus douloureuses lui apparaissent, avec Ie recul, comme des moyens, grace auxquels il augmente en profondeur les possibilités de son être. Si multiples que puissent être les directions de ses recherches au point de vue du développement de la con- naissance, celles-ci se rattachent Toujours, malqré de longs détours, au problème de son métier. Mais pour résoudre ces derniers, il n'a qu'un seul guide, lui-même, et cela en dépit de toutes les polémiques, basées presque toujours sur des formules primaires et des idéés faciles qui voudraient, soit par puérilité, soit par intérêt imposer un but unique a ce miracle qu'est ia création artistique. Au bord du precipice, et s'il ne veut périr, il s'agit pour lui de résister avec opiniatreté, aux vertiges absurdes des collectivités. Avec un cceur déchiré, il doit rester malgré fout bon danseur sur la corde raide, que celle-ci soit sus- pendue au-dessus d'un cloaque ou bien d'un sublime pay- sage. C'est la qualité du rythrne de la danse qu'il faut avant tout sauver. A la recherche d'un absolu perpétuellement inatteint, i'ar- tiste est, par essence, Ie grand révolutionnaire solitaire dans Ie sens des choses éternelles, et par la même il a dépassé Ie stade ou I'on déifie encore les idéés avec naïveté, et, d'autre part, il n'a que mépris pour ceux, plus conscients, qui les exploitent pour des fins personnelles. C'est done en vain que les maitres de l'heure dans Ie domaine du temporel vou draient lui imposer leurs mots d'ordre, valables seulemenl pour un bien petit nombre d'années. Sur Ie plan de l'art son comportement n'est vraiment hu- main et socialement utile que s'il arrive a réaliser au maxi- mun tout ce qu'il portait virtuellement en lui, et cèla en dehors de toutes contraintes, hormis celles de son art. Et dans la mesure ou il est plus particulièrement un homme avec toutes les différenciations, que ce terme comporte, il serf davantage les autres hommes, d'une fagon indirecte, peut-être, mais combien plus eff.ciente au point de vue de l'intellige nee. C'est dans l'approfondissement des nuan ces du fonctionnement de l'esprit que se trouve la source auquel s'attache celui-ci pour pouvoir fonctionner, eet objet étant constamment divers et d'une valeur a remettre tou jours en question. Vivre dangereusement a toujours éfé la seule manière de vivre pour tout être avide d'une conscience plus éten- due on peut en mourir, certes, mais a ce jeu périlleux on peut aussi apprendre la difficile méthode pour subsister, puis s'affirmer, seule justification de la vie. La loi des compensations est exigeante et l'artiste n'a ja mais tini de payer en souffrances Ie don extravagant et mer- veilleux que lui a fait la nature, c'est-a-dire une sensibilité particuliere, cette chose si forte et si fragile, a la fois haïs- sable et adorable, curieux alliage de puissance et de fai- blesse. Sur Ie dur chemin qu'il s'est choisi, son corps ma:- chera ensanglanté... il se peut, mais son esprit restera joyeux quand même. II faut avouer que cette attitude qui est au niveau de l'homme -et contre laquelle les forces bru- tales de l'exférieur viennent en vain se briser, ne peut dé- plaire a une tête bien équilibrée. Laure SARCIN. Garcin 1933 Garcin 1935 11

Abstraction création art non figuratif fr | 1936 | | page 15