28 former et lorsqu il ne peut obtenir cette harmonie dans les éléments qui lui sont soumis, il fait appel a son imagina tion. Ces transformations sont des besoins du beau, aussi indispensable? a I homme que le temps et I'espace. La ma nifestation de ce besoin du beau est, évidemment, relative a la valeur de I'individu en cause. Ainsi, le sens du beau, chez I homme primitif, se manifeste dans la satisfaction des actes es plus élémentaires. C'est un degré de l'évolution de I'in dividu. Plus tard, son besoin du beau tend vers une concep tion artistique. De plus en plus il se libère du beau élémen taire et tend vers un rapport équMibré. II y a done, entre ces deux points, une infinite de stades de besoins du beau qui sont en rapport étroit avec Ie degré d evolution de I'in dividu. Le beau ne se manifeste pas nécessairement comme une plastique artistique. Pour I'homme, tout peut être beau. Certains éléments franchement laids satisfont celui qui les pare de ce qu'il imagine être la beauté. Les pensées et les actes qui en découlent sont des expressions du beau dont chaque individu a une conception et un besoin différents. Leur valeur est relative a la valeur de I'individu. L.'égoïste croit que seul est beau ce qui touche son intérêt. Je crois en un beau supérieur et absolument sans rapport avec l'intérêt. C est cette beauté universelle, inattaquable, qui compte seule pour I'homme et son évolution. De plus en plus, nous devons unir nos conceptions du beau a celles des autres. La crise financiere marque la fin de l'individualisme celui qui ne compte pas avec les autres n'a plus place dans la vie nouvelle. Celui qui reste seul n est pas seulement en désé- quilibre, mais il gêne l'équiiibre général. Le trust est un égoïsme en grand, le nationalisme en est un autre. Leur beauté et leur utilite ne sont qu imaginaires. Faire abnéga- tion de soi, c est faire Un dans I Unité. C'est dans les actes qu on se distingue et la valeur d'un acte ne compte que suivant la valeur qu'il apporte a l'unité. Ce n'est que lorsque nous aurons tous realise la fusion des unités dans l'ensemble que nous pourrons vraiment faire une manifestation d art. D'ici la, tout n'est encore que recherche du beau. L'art est l'image suprème du beau. II n'est pas indivi- duel bien que ses manifestations soient toujours d'origine individuelle. Le beau est local. Dans I ancienne conception de la vie, on ramene tout a soi. Dans la nouvelle conception, on ramène tout a l'ensemble. Autrefois un homme de génie pouvait ne pas, être sociable. On croyait que ses faiblesses et ses défauts humains étaient les marques de sa valeur On peut comprendre ce que de telles conceptions entrai nent d'erreurs d'appréciation. Un homme de valeur exige que toutes ses expressions re- flètent exactement et son état artistique, si j'ose dire, et son état moral. Car l'intelligence et la conscience doivent marcher de pair avec l'art. C'est cette union intime qui fait I oeuvre complete. Naturellement, la, comme ailleurs on peut se tromper sur I estimation d'un individu qui peut présenter toutes les apparences d'un homme de valeur, celui que j'ap- Pellerai le Poseur discret Celui-ci est aimable, plaisant généreux avec calcul. Mais tout cela ce n'est pas la vraie va- leur. D autre part, il faut se méfier des artistes de talent mais qui dans la vie font du beau et exploitent le sentimenta lisme. Ce sont les camelots, les trafiquants du Beau, des pêcheurs a la ligne qui savent tout l'intérêt qu'ils tireront des moindres brimborions qu'ils offrent au bout de leur ha- megon... Le sentimentalisme est un des derniers degrés de I 'échelle artistique; c'est Terreur et le retard dans-l'évolu tion. Les degrés de l'évolution dans lesquels se complaisent les individus correspondent a leur degré de compréhension. Celui qui aime le rustique (éclairage primitif, chauffage au bois, etc., etc...) est un primitif. Le progrès dépasse son entendement, il aime le vague, le chaotique et est conserva- teur. Celui qui aime au contraire le perfectionnement, le precis selectionne a depasse le primitif il est évolution- niste. Pour Tun, le beau est limité dans le vague. Pour l'au- tre, le précis contient le beau illimité. L évolution n est pas, ainsi qu'on Timagine souvent, en fonction de Tinstruction. L'instruction sèche ne peut rien. L'évolution est en rapport avec la grandeur, la valeur de I esprit. Par ailleurs, ce n'est que lorsqu'il se préoccupe des rapports, que le beau entre dans TEsthétique car l'art est le rapport équivalent des éléments choisis au point de vue plastique artistique. L'image de I'espace et du temps s exprime par le deplacement des corps. Considérer les corps isolement c est ne considérer que des valeurs locales et supprimer toute coordination. C'est ignorer les valeurs universelles. C est pourquoi on est souvent si dégu des expo sitions de tableaux qui appliquent plutót un genre qu'elles expriment une conception le genre remplace la concep tion. Heureusement, que certains commencent a se préoc- cuper des rapports la sensiblerie est morte le passé est mort le present depasse Ie passé mais doit se tourner vers Tavenir. Un artiste évolue plus avant en pensée que dans la réali- sation de son ceuvre car les moyens d'expression dont il dispose actuellement sont médiocres. Un autre sujet a er- reur est Ihabitude que nous avons de prendre un tableau isolé pour une oeuvre d'art. Les moyens de l'art doivent être plus directs, par suite plus exacts. Jusqu'a présent, Tart n'est encore que du folklore C'est la tradition qui nous aveu- gle et nous empeche de voir la laideur de nos cités inco- hérentes. On voit bien que Tartiste ne compte pas dans. la société c'est une sorte d'amusement, un luxe. II est vrai que notre société actuelle se ressent de ses bases primitives malgré son grand développement. La question se pose maintenant de savoir si, d'améliorations en améliorations, on arrivera a une civilisation réelle ou s'il est nécessaire de faire table rase pour construire sur des bases modernes. Mais est-il pos sible de faire table rase dans notre civilisation si développée sur des bases primitives Qu'on le veuille ou non, il faut naviguer quand on est embarqué. L'artiste de notre temps doit essayer de résoudre, a tra vers I art, les problemes sociaux. L urbanisme, la circulation, Tindustrie, par exemple, sont des champs d'action. C'est ainsi qu ayant sa place dans la société, il Taidera a se trans former par des vues larges et universelles, a condition d'éle- ver son sens moral. Car aujourd'hui, il semble que la science mène I'homme et dépasse son Moral. C'est que la science rejette tout ce qui n'est pas vérifiable et que le moral dé- pend du point de vue, lequel est toujours individuel (il dé- pend de la nationalité, de la religion, de Téducation, de la situation sociale, etc...). II est vrai qu'en considérant Tin- commensurable, I homme a dü avoir un départ bien primitif et on doit apprécier les efforts réalisés quand on constate que son seul moyen était son cerveau. C. VANTONGERLOO.

Abstraction création art non figuratif fr | 1936 | | page 32