I BALZAC EDITEUR LES AMOURS DE PSYCHE ET DE CUPIDON. A MADAME LA DUCHESSE DE BOUILLON. MADAME, C'est avec quelque sorte de confiance qne je vons «lédie eet ouvragenon qn'il n'ait assurément des défaats, et que le present que je vous fais soit chin tel mérite qu'il ne me donne sujet de craindre; mais comme Votre Altesse est equitable, elle agréera du moins mon intention. Ce qui doit toucher les grands, ce n'est pas le prix des dons qu'on leur fait, c'est le iele qui accompagne ces mêmes dons, et qui, pour en mieux parler, fait leur veritable prix auprès d'nne ame comme la vótre. Mais, Madame, j'ai tort d'appeler présent ce qui n'est qu'une simple reconnoissance. II y a long - temps que monseigneur le due de Bouillon me comble de graces,d'autant plus grandes que je les mérite moins. Je ne suis pas né pour le suivre dans les dangers; eet honneur est reservé a des destinées plus illustres que la mienne ce que je puis, est de faire des voeux pour sa gloire, et d'y prendre part en mon cabinetpendant qu'il remplit les provinces les plus éloignées des témoignages de sa valeur, et qu'il suit les traces de son oncle et de ses ancètres sur ce théitre.ou ils ont paru avec tant d'éclat, et qui retentira long-teinps de leur nom et de leurs exploits. Je me figure 1 héritier de tous ces héros, cherchant les périls dans le mème temps que je jouis d'une oisivcté que les seules que si j avois expose ma vie pour son service. J'avoue, Madame, que je suis sensible a ces choses heureux que Sa Majesté m'ait donné un maitre qu'on ne sanrait trop aimer! malheureux de lui être si inutileJ'ai cru que Votre Altesse seroit bien aise que je la fisse entrer en société de louanges avec un époux qni lui est si cher. L'union vous rend vos avantages communs, et en multiplie la gloire, pour ainsi dire. Pendant que vous écoutez. avec transport le récit de ses belles actions, il n'a Eas moins de ravissement d'entendre ce que toute i France publie de la beauté de votre ame, de la vivacité de votre esprit, de votre humeur bien- faisante, de l'amitié que vous avez contractée avec les Graces; elle est telle qu'on ne croit pas que vous pnissiez jamais vous séparer. Ce n'est la qu'une partie des louanges que l'on vous donne. Je vondrois avoir un amas de paroles assez pré- cieuses pour achever eet éloge, et pour vous témoigner, plus parfaitement que je n'ai fait jus- qu'ici,avec combien de passion et de zèle je suis MADAME, DE VOTRB ALTESSE, Mais Balzac et Canel, courts d'argent, durent, sur les 12.000 francs de leur ap- port, en emprunter 10.122 que prêta M. d'Assonvillez, ami de la familie Balzac. II fut ensuite convenu, par traité daté du 14 avril 1825, que Balzac et Canel partageraient par moitié les bénéfices, profits, charges et périls de la part qu'ils prenaientcollectivementa l'éditionde Mo lière. En résumé l'entreprise était laite pour 2/4 par Delongchamps, pour 2/4 par Canel-Balzac (1/4 Balzac, 1/4 Canel). Et comme on ne saurait s'arrêter en si bonne voie, concurremment a l'édition de Molière, Balzac entreprend, toujours avec Canel, mais cette fois sans Delong champs, une edition de Lafontaine et projette même une collection des clas- siques franqais comprenant des éditions de Racine et de Corneille avec illustra tions d'Achille Devéria. Nous ne retrou- vons plus ici l'excellent M. d'Assonvillez, mais un médecin et un officier en réforme que Balzac et Canel se sont adjoints comme associés Charles Carron, médecin demeurant a Paris, rue de l'Odéon, n" 17 et Jacques-Edouard Benet de Montcar- ville, officier en réforme, demeurant a Paris, rue Meslay. II convient d'ajouter a ce quatuor une cinquième personne, Madame de Berny. Sans faire partie de la société, Madame de Berny n'en versa pas moins le i5 mai 1825, 9.250 francs qui devaient, on peut le supposer, constituer le plus clair du fonds social. Pour interpréter sur bois les vignettes de Devé ria, Balzac a déniché un graveur au fond de la province, Godard fils, dont le père, graveur lui- même, tient, 17, rue aux Sieurs a Alenqon, une librairie-cabinet de lecture. Le 17 avril 1825 Balzac est, de sa personne, dans la boutique des Godard et fait signer au fils un traité dont voici l'essentiel Le graveur Pierre-Franqois Godard s'engage a travailler aux vignettes que lui confie Balzac de préférence a toutes autres et au prix de 70 francs la vignette, payé entre les mains de M. Roret, libraire. Ce prix pourrait être porté a 80 francs si M. Devéria juge que la qualité du travail mé rite cette augmentation. Si les deux premiers bois ne conviennent pas a MM. Canel et Balzac ils ont la faculté de résilier Vignette d'A. Devéria, gravée par Thompson, et page imprimée en mignone (Lafónlaine) le contrat moyennant une somme de 100 francs. Un article additionnel stipule que Si le libraire Delongchamps demande a M. Godard des vignettes pour l'édition de Molière, imprimée en un volume in-8° chez Rignoux, a Paris, M. Honoré Balzac consent par ces présentes a ce que M. Godard donne a MM. Urbain Canel et Delongchamps une vignette pour le Molière sur trois vignettes exécutées, a savoir deux pour le Lafontaine et une pour le Molière. Enfin, désireux de s'assurer définitivement la collaboration de P.-F. Godard, Balzac stipule encore que M. Godard fera exclusivement a toutes autres les vignettes qui lui seront données par MM. Urbain Canel et Balzac pour la collection des classiques francais qu'ils entre- prennent, en comment-ant par les éditions de Molière et de Lafontaine.

Arts et Metiers Graphiques fr | 1927 | | page 15