ARTS ET MÉTIERS GRAPHIQUES dies m ont paru lort bien, et je consols de votre talent la plus haute opinion. Tout semblait done aller a souhait. Laurence, soeur cadette de Balzac, avait cepen- dant manifesté quelque inquiétude en voyant son frère se lancer ainsi, sans expérience, au milieu des écueils de l'océan commercial, et lui avait éerit le 16 avril les trois OU quatre entreprises commerciales, mon cher Honoré, me trottent dans la cervelleun auteur a bien assez de la muse. Versé dans la littérature comme tu l'es, comment cette seule occupation qui a pris l'existence entière des hom mes célèbres qui ont écrit, peut-elle te laisser, a toi, le temps de suivre une nouvelle carrière et te jeter dans le commerce que tu ne connais pas du tout et qui demande, au contraire, que Ion y soit versé dès sa première jeunesse? Tu es avec des gens qui te l'eront voir les choses de la manière la plus avantageuse du monde; ton ima gination ira son train; tu te verras avec trenle mille livres de rentes, et lorsque l'esprit se met en campagne et fait mille projets, cela renvoie le jugement et la raison. Tu as une bonté et une droiture qui ne te mettront jamais en garde conlre les coquineries des autres que tu croiras aussi francs que toi, et de même loyauté. C est l intérêt que je te porte qui me lait faire ces réflexions, mon cher Honoré, et j'aimerais mieux te voir bien des manuscrits, des ouvrages sérieux en train pas le sol dans ta poche, logé au quatrième dans une chambre d'artiste, que de te voir une lortune et de belles entreprises. Les craintes de Laurence n'étaient que trop fondées mais Balzac, plein d'illu- sions, n en tint aucun compte et s'engagea résolument dans la voie qui devait le conduire par le chemin de l'édition, puis de rimprimerie et de la fonderie de carac- teres, a la plus complete déconfiture. Done, en avril 1825, Balzac mène de front deux entreprises, un Molière illus- tre avec les editeurs Delongchamps et Ganel, un Lafontaine illustré avec l'édi- teur Canel seul. 1 out d abord son fameux graveur alemponnais, P.-F. Godard, lui claque dans la main. Devéria le jugea-t-il après réflexion, inhabile a graver sur bois les vignettes dont ilavait composé les dessins? "V eu-t-il brouille entre Godard, Balzac et Canel paree que Delongchamps débau- cha secrètement Godard au profit d'un autre Lafontaine projeté par Delong champs seul, et illustré par le dessinateur Desenne? Nous l'ignorons. En tout cas le changement de graveur fut rapide puisque quatre jours après la Des son retour, le ïq avril, Balzac communiqua le traité a son ami Canel et plein d'enthousiasme pour le talent de Godard lui écrivit aussitöt J ai lait voir aujourd'hui même vos gravures a Devéria, qui en a été trés content, et il nous a témoigné sa satisfac tion d avoir su trouver en vous un digne traducteur de ses dessins. II m a dit qu il lui était impossible de vous donner d avis sur les gravures que je lui soumettais, paree qu'il n'en connaissait pas le dessin primitif mais il est persuade qu'en travaillant vous deviendrez, au bout de deux ou trois de nos gravures, le plus redoutable adversaire de Thompson et des Anglais... Et Canel, confirmant le jugement de Balzac, ajoute ai vu les vignettes que vous avez confiées a M. Balzac, LES FOURBERIES DE SCAT'IIN, (Üumfbif fn trois artrs. 1671. ACTEURS. AROANTE. pèrc .rOcuve et de Zerbi GtiHONTE, père de Lé.ndre et d'Hv» OCTAVE i fils d Arwnte et amant d'Hyacinthe. LEANDRE, Cis de Ccronte de Zerbinetle ZEKniNElTE. crue Égypti. f.lle d'Argmitra. Léanu... HY ACIMTHEf.lle anunle d'Octave. ACTE PREMIER. SCÈNE PREMIÈRE. OCTAVE. SILVESTRE. (KTave. Ah, faeheuses nouvclles pour un ctiur amoureux Dure* extrémiu-s oit je rue sois réd uitTu viens, Sil- vesire, d apprcndrc au port que mon perc revieul 5 SILVESTRE Out Qu il arrive ce rnatin même? SILVESTRE. Ce matin même. .OCTAVE Et qu tl revient dans la resolution de me marier? SILVESTRE. Oui OCTAVE. Avec unc fille du seigneur Géronte? SILVESTRE. Du seigneur Géronte a Naples. SCAPIN, va let de I.é», SILVESTRE. v.lct rt ll iNF.HINL, nnurrire d> CARLE ami de Sc,-.pin OLL'X PO KT LliKS. OCTAVE. Et que eettc Cllc est mandéc de Tarente ici pour cela? SILVESTRE. Out OCTAVE. Et tu tiens ecs nouvelles de mon onele' SILVESTRE De votre onrle. OCTAVE. A qui mon père les a mandées par unc Icttre? SILVESTRE. Par une lettre- octave. Et eet oncledis-tu sait toutes nos affaires SILVESTRE. Toutes nos affaires. OCTAVE. Ah! parle si tu veuxet ne te fats point dc la sortc arrachcr les mots de la bouche. SILVESTRE. Qu ai-je a parler davantage? Vous n'oubliez au- cune circonstauce; et vous dites les choses tout jus- tement comme tlles sout. Vignette d]A. Devéria, gravée par Thompson, et page imprimée en mignone (Molière). 12

Arts et Metiers Graphiques fr | 1927 | | page 16