Experiences du docteur Sidis. SU BCONSC I ENT ET PUBLICITÉ prendra pour objet la marque toujours lue. L'oppo- sition que formera la reflexion sera insigniliante, paree que la suggestion aura été moins directe. Les phénomènes subconscients n'appartiennent pas seulement a la philosophic, leur connaissance est d'un intérêt pratique; nulle part leurs effets ne sont aussi éclatants que dans l'esprit populaire. Toute idee s'oppose a une seconde et prépare le terrain a une troisième. Les idéés s'accordent, s'agglomèrent et finissent par former des coalitions puissantes qui sont a l'origine des mouvements des loules. Les publicitaires, qui ont négligé ces caractères du subconscient d'abord récepteur mais qui peut devenir moteur, en ont subi les conséquences dans leurs campagnes dont la portée a été réduite de ce fait. D'après la définition que Baldwin a donnée de la suggestion, les phénomènes dont elle est la cause se caractérisent par l'irruption subite dans la conscience d'une image ou d'une idéé qui devient partie intégrante du flot de la pensée, et qui tend a provoquer un effort musculaire. Toute idéé est, comme on le sait, dynamogé- nique et détermine dans l'organisme certains réflexes qui sont comme une mise en garde ou une préparation a l'attaque. Pour compléter la définition de Baldwin, il n'est pas inutile de faire observer que le sujet accepte, le plus habituellement, 1 'idee suggérée sans critique et que dans l'acte volontaire il y a une part d'automati sme. L'émission de toute suggestion fait naitre d'abord une opposition. La conscience, au premier choc, combat Lidéé suggérée et mobilise toutes ses forces, c'est-a-dire les arguments que sa mémoire, son imagination, ses préjugés, son raisonnement, et d'autres influences extérieures, lui fourni ssent. Elle essaie, comme les globules blancs qui dévorent les bactéries, d'éliminer ce parasite venu rompre son équilibre. Même si elle triomphe, elle éprouve elle aussi une altération de son essence. Nul ne peut se piquer de se soustraire a la suggestion. On nous a souvent interrogés, nous autres publicitaires, pour avoir notre avis lh-dessus. D'aucuns nous affirment qu'ils sont inaccessibles a l'influence extérieure de la publicité et prétendent qu'un être intelligent ou normal (les deux adjectifs ne s'accordent pas nécessairement) ne se laisse pas aller aux déclarations de la Réclame. Obser- vons incidemment que, même si c'était exact, la publicité serait évidemment moins efficace, mais le serait encore. Le cliënt demanderait un chapeau, un meuble, un radiateur de n'importe quelle marque, mais son vendeur plus avisé, aurait été influencé par la publicité et lui vendrait un chapeau, un meuble, un radiateur d'une marque bien déterminée done en fin de compte, le choix du cliënt aurait été fixé par la publicité. Mais l'assertion est erronée et ne se fonde que sur l'ignorance des fonctions mentales. L'Historien qui voudrait éliminer la part de la suggestion dans les événements qui ont fait nos civilisations et nos pays ce qu'ils sont, apercevrait, dans le chaos des dissensions, dans le désordre des alliances, des courants qui ont eu leur source dans les foules obscures. Et c'est pourquoi peut-être tant d'amitiés entre peuples préparaient entre eux un prochain conflit, tant de conflits une prochaine amitié Tous les froissements d'une alliance pouvaient déchainer la guerre l'estime réci proque née de la guerre, amener une sympathie momentanée. Ceux qui ont eu la mission de diriger les grands groupements après avoir créé artificiellement un état d'esprit, ont été obligés souvent d'y conformer toute leur politique. Pour endiguer le courant, ils n'avaient aucune incantation suflisamment éner- gique d'ailleurs la foule croit toujours qu'on lui dit toute la vérité ou qu'on lui ment entièrement. Le Dr Sidis afin de fournir Ia preuve de la suggestibilité s'est consacré, dans son labora- toire de psychologie de l'Université de Harward, a des expériences décisives que nous décrirons paree qu'elles se relient directement au sujet de eet article. Les expériences furent faites au moyen de lettres de l'alphabet et de chiffres, void comment Une série successive de lettres et de chiffres, respectivement collés sur un carton qui pouvait se confondre avec le fond d'un écran de surface blanche, était introduite par une fente pratiquée dans eet écran. Neuf cartons furent ainsi, l'un après l'autre, exposés aux regards. Les expériences avaient lieu dans un silence absolu afin que rien ne détournat l'attention des sujets. L'opérateur lui-même, dont les gestes auraient pu troubler les assistants, était dissimulé derrière l'écran. Après chaque série, les spectateurs étaient invités a noter tout ce qui traversait leur cerveau lettres, chiffres, mots, phrases, etc... Ces expériences, d'ou devaient être tirées les conclusions pratiques furent entreprises dans

Arts et Metiers Graphiques fr | 1927 | | page 71