P PROSE! S*MQR OSES* :Jf£ C'est un livre classique du Mercure; le texte, imprimé a Poitiers par Blais et Roy, est semé de mots en capitales. L'année suivante, Remy de Gourmont donne les Oraisons mauvaises, et cette brochure, de format in-douze oblong, est la dernière que lui ait imprimée Charles Renaudie. L.a couverture, bleu et or a fleurettes beige pour les Japon - rappelle celles que dessinait Theo van Rysselberghe pour Deman; elle est encore muette. Le texte, en italique, est orné dans les coins inférieurs de vignettes décoratives de Georges d'Espagnat, tirées en orange et vert émeraudc. Ensuite Gourmont réimprime, avec une longue preface, le Centaure, de Maurice de Guérin, second et dernier volume de la collection de la Cigui. Le titre est construit comme'celui des Cydalises, et le texte composé en Didot romainJUn dessin de Georges d'Espagnat précède immé- diatement une préface en Didot italique. En 1901, Remy de Gourmont clót ses expériences typographiques en publiant Simone. II s'est souvenu de ses débuts en composant un titre dans le style de celui du Latin mystique, et il reste fidéle au principe des cou vertures muettes en parant son petit poème d'un papier de tapisserie rose a oeillets violets et mauves. Une der nière fois, il va sacrifier a son amour de ces papiers de couleurs, que rendaient plus exceptionnels encore les noms qu'il leur con- férait. Aucune de ces plaquettes ne se ressemble, bien que Ton puisse suivre a travers leur succession une unité d'esprit, une ligne de con duite dissimulée sous une merveilleuse diversité. Des Litanies de la Rose a Simone, Remy de Gourmont a tenté la creation d'un symbolisme typographique, et c'était encore, pour eet écrivain- né, de la littérature. En faisant dépendre sa tenta tive de la pure typographic, il eüt probablement échoué; car s'il est entendu que tout peut s'exprimertypographi- quement, encore faut-il que les catalogues des fonderies soient assez riches, ce qui n'était pas le cas dans cette fin de siècle. Gourmont ne se servit en somme que I<i de trois caractères qui, dans leur langage, ne pouvaient exprimer que des idees générales le Didot, ou la noblesse et l'assurance bien assise, l'harmonie et la pureté du classi cisme antiquel'Elzévir batard ou le fait-tout typogra phique; quant au Mazarin, c'est d'abord Ubu-Roi. Devant cette pauvreté, Gourmont allongea le röle de l'ornemen- tation il trouva des formats inédits, d'ailleurs impraticables pour des oeuvres plus importantes, et il donna au livre des couleurs nouvelles en jouant, comme Des Esseintes, avec des papiers pourpre cardinalice, violet évêque, rose fané, vert enfer, isabelle, rubis oriental, havane, vertbyzan- tin. Dans son amour de la typographic, il étouffait le sens des mots pour ne plus voir en eux qu'une série de lettres détachables selon l'harmonie des lignes. Malgré ses aïeux imprimeurs, la tradition typographique de la Renaissance ne l'a pas influencéil lui préférait son propre goüt et les idéés qui jaillissaient a chaque nouveau livre; il lui préférait le pittoresque des incunables et des impressions populaires et quelquefois l'art décoratif BHHHHHHHHHHHI son temps. Sans style 1900 eüt été facheusement représenté en typographic. Ce style s'ex- primait chez lui par un sin gulier amour des couver tures a fleurs, un goüt pour les couleurs indécises qu'il partageait avec les décora teurs de l'époque, une admiration sans réserve pour ses amis de Pont- Aven. Par bonheur, le cri tique, qui doublait l'artiste, l'a préservé des erreurs de Georges de Feure, de Mucha et de Carloz Schwabe. II en trouve maintenant sa récompense. Son oeuvre est restée vivante. Nous préfé- rons sans doute les beaux papiers blancs, les architec tures plus rigoureuses, et il se peut que nous sourions du candide Filiger. Mais nous admirons cette variété de moyens qui semble iné- puisable, cette personnalité si originale, ce souci de per fection et depréciosité, cette constante recherche de la nouveauté, et, en un mot, ce sens du livre qui dénote C'iez Renl) Gourmont un authentique artiste, a qui rien des multiples branches de l'art n'était étranger. Vv. 'i' B. Guégan et J. Mégret COUVERTURE DE PROSES MOROSES (95x190^) CI-CONTRE La Guerre. Lithographic a la plume du Douanier Rousseau publiée dans 1'Ymagier. Grandeur originale).

Arts et Metiers Graphiques fr | 1930 | | page 24