ARTS ET MÉTIERS GRAPHIQUES le symbole de la fabrique, la signa ture de l'artisan, le poin^on d'origine et le cachet du gouvernement garantie de contenance légale. A Rome et dans toutes les villes d'Italie, on remarque beaucoup de pompons de tailleurs de pierre sur les. batiments publics et les maisons. Comme le dit spirituellement Dunant, ils sont placés en général sur des mai sons médiocres ou de second ordre, telles qu'on en découvre a llios et Pompéï. Les grandioses édifices de Rome en sont complètement dépour- vus. Dans cette ville, par contre, existent encore de vieux tonneaux datant des Empereurs. Ils portent tous, gravés au fer sur les douves, les noms des villes africaines d'oü ils venaient. Les augustants, consuls, édi- les, toute l'aristocratie romaine, appré- ciaient comme il convient les bonnes choses et ils étaient trés pointilleux quant a la marque de leurs vins. Cela n'empêchait nullement, du reste, les contrefacteurs de se livrer a leurs petites transformations de poin^ons. II était réservé a leur intention quelque vieux code sur la contrefaction qui les rendait passibles des galères. Ces premiers décrets sur les marques ne nous ont été conservés qu'en partie, ce qui est regrettable. Dans ce qui nous reste a consulter, nous pouvons appré- cier les chatiments disproportionnés qui accompagnaientles fraudes- il est vrai que les romains, hommes de goiit, n'admettaient pas qu'on put les trom- per sur des questions gastronomiques. Au Japon, pendant le même temps, le développement des marques et des armoiries était aussi considérable que chez nous. Les mom les mon- dokoro existaient dans toutes les families. Mieux, chaque familie en possédait deux et même trois l'ar- moirie familiale, les armoiries secon dares qui comprenaient notamment la marque domestique que l'on retrouve sur les objets, les animaux et qui servait en général a marquer l'appar- tenance. D'après tout ce que nous venons de voir, il semblerait que blasons et marques ont pris naissance en Extrême- Orient pour venir petit a petit chez nous en passant et s'acclimatant dans les pays intermédiaires. Ilaétédémon- tré que non. La survivance des vieilles lois germaniques des Visigoths et des Alamancs qui parient des marques de propriété sur les hornes, les animaux, les outils (Hausmarke, Hofmarke) sont a ce point de vue des documents irréfu- tables. Du reste, Tacite disait déja des Germains qu'ils distinguaient leurs boucliers par les couleurs vives qui s'y trouvaient. Chaque couleur ou chaque ensemble de couleurs devant être le symbole d'un clan quelconque. Les cachets des lois germaniques se retrouvent ensuite sür les sceaux des seigneurs, sceau représentant un che valier armé, muni de son blason. Puis avec le temps, cheval et chevalier dis- paraissent, et l'écu penché vient au premier plan surmonté d'un casque ou d'une couronne. Ces écus, casques, couronnes, emblèmes écrits ont recu ensuite, réunis, le nom d'armoiries Les armoiries figuraient sur toutes choses appartenant au seigneur bati ments, objets, chateaux, bestiaux, et prirent ainsi les fonctions d'une véri- table marque de propriété. Les écus étaient normalement repré- sentés en couleurs avec des emblèmes. Néanmoins, il en existe beaucoup représentant des formes et des tracés géométriques. Ce sont, sans nul doute, les restes de vieilles marques de pro priété qui ont été ensuite, sous les lois de l'héraldiration., transmuées en ar moiries. Les roturiers et gens du peuple Vou- lurent parfois, dans une certaine me sure, copier pour leur compte l'écu héraldique de leurs seigneurs. Ils entou- rèrent done leur marque d'artisan d'un cadre de fantaisie qui, avec le temps et les générations, se transforme en écu véritable. En voici un exemple que je tire de l'ouvrage de A. Van Gen nep et dont je cite en même temps cette conclusion Partout oü, sous l'influence de fac teurs variés, économiques, politiques, la Société s'est subdivisée en classes, la marque de propriété familiale a pris la signification d'une armoirie. Le blason s'est développé de lui- même en partant de l'ancienne marque de propriété dont l'existence nous est sans doute attestée par les vieilles lois germaniques. EVOLUTION DES ARMOIRIES Aussitót maint esprits féconds en rêveries Inventat le blason avec les armoiries. Boileau n'a garde d'ajouter l'époque a laquelle il situe cette invention. Sans doute époque postérieure a la Chanson de. Roland dans laquelle nous ne voyons encore aucun signe distinctif de ce genre. Or, comme le remarque Yacoub Artin Pacha, les auteurs ou narrateurs de ce poème n'auraient pas oublié d'indiquer, le cas échéant, les insignes des nobles chevaliers dont ils vantaient les prouesses, comme cela s'est produit plus tard pour les chansons de gestes. 11 semble done bien, comme nous l'avons expliqué au chapitre précédent, que blasons et armoiries sont les résultats du choc des coutumes germa niques et orientales en France. Sous Charles le Chauve, V. de la Comlombière, dans son ouvraee sur l'armoirie en général et de ses appar- tenances comme de l'esseu, du tymbre, de la couronne, des ordres, des lam- breguins, des supports, des cimiers du Pavilion, de la Bannière de la Devise et du cry de guerre ...nous montre les proportions con- sidérables qu'ont prises les armoiries et il nous cite a ce sujet une curieuse anecdote Les successeurs de Pierre Roys d'Arragon reprirent les premières armes de Geofroy le Velu duquel ils sont des- cendus, a s^avoird'or a quatre paulsde gueules que les Historiens disent luy avoir esté données par l'empereur Charles le Chauve en la bataille qui donna contre les Normans, lequel voyant Geofroy tout couvert du sang qui luy découloit de ses playes, il trempa les quatre doigts de sa main droite et luy fit quatre pais sur son escu qui estait simplement d'or. Armes qui sont demeurées aux Contes de Barce- lone, aux Roys d'Arragon et aux Contes de Provence qui en sont descendus. COMPOSITION DES ARMOIRIES Avant que les Edits de Juin 1790 eussent proscrit les armoiries, il existait un véritable Code Héraldique entreles nobles. Cette science du blason tran- chait, décrétait et assurait la place exacte du «chef,pal,face,bande,barre, 20

Arts et Metiers Graphiques fr | 1930 | | page 30