PAPIER ET SES MAILAIDIES 43 L n'est pas un bibliophile qui, désespéré de voir ses volumes les plus précieux atteints de mauillures ou de piqüres, ne se soit demandé s'il n'était pas possible d'éviter ces maus auxquels les relieurs les plus ingénieux ne remédient que partiellement. Déja, au début du xvilie siècle, des recherches avaient été entreprises parmi les érudits pour lutter contre la degradation des livres; mais le soin avec lequel était alors fabriqué le papier rendait nioins grave le peril que Ton venait d'entrevoir. L'utilisation de la pate de bois au cours du siècle dernier et la deterioration rapide des papiers qui étaient préparés avec cette nouvelle matière, eurent pour résultat que le problème de la conservation du papier passa des mains de quelques byzantins a celles des chimistes. Des mémoires, des articles, des monographies furent consacrës aux champignons et aux insectes qui s'attaquent aux livres; on étudia Finfluence de la Jumière sur le papier, et les experts aboutirent a des conclusions que nous nous proposons de reproduire. Mais avant de passer a l'étude des agents destructeurs, il nous parait utile d'exposer brièvement comment est fabriqué le papier. La fabrication du papier peut se résumer en deux phrases on prépare une pate de cellulose que l'on étale en couches trés mincesces couches, pressées et desséchées, constituent les feuilles. Les matières premières employees pour constituer la pate de papier sont le chiffon, le bois et la paille. I. PATE DE CHIFFON Cette pate qui est la plus anciennement connue se prépare avec des fils, ou des tissus usés, de coton, de lin ou de chanvre. Sa fabrication comprend les opérations sui- vantes i° Disinfection, destinée a éviter les maladies contagieuses que pourraient trans- mettre les chiffons provenant d'hópitaux. 2° Battage a la machine. 3° Triage des qualités différentes de tissus. 4° Délissage, fait a la main, a l'aide d'une laux ou de la machine coupe-chiffons; il permet de diviser les pieces de chiffons, de séparer les coutures, etc. 5° Blutage ou enlèvement mécanjque des poussières. 6° Pourrissage. Cette méthode, aban- donnée aujourd'hui, consistait a laisser fermenter les chiffons mouillés et égouttés. Elle donnait une belle cellulose, mais favo- risait le développement de nombreuses moisissures, que l'on éliminait ensuite, le plus complètement possible, a l'aide de lavages a l'eau acidulée. 7° Lessivage. On emploie une lessive alcaline bouillante, préparée avec de la chaux et de la soude caustiquecette lessive dissout les graisses et laisse la fibre a nu. 8° Effitöchage, broyage et défilage. Ces opérations, réalisées au moyen de lames métalliques tranchantes, nécessitent line grande quantité d'eau. 9° Egoultage. io° Blanchiment. Ce procédé consiste généralement a soumettre la pate, dans une pile spéciale, a Faction d'une dissolution de chlorure de chaux. Le blanchiment n'est réellement efficace que si le lessivage a été suffisamment poussé pour éliminer toutes les matières putresciblesil doit ètre précédé du lavage des chiffons a l'eau ceux-ci se débarrassent ainsi des produits alcalins qui ont servi au lessivage. Le chlore a l'état gazeux est quelquefois utilisé pour le blanchiment. Mais quel que soit le procédé employé, il l'aut éliminer ensuite de la pate tout excellent de chlore au moyen de grands lavages. II. PATÉS DE BOIS (Sapin, pin ou tremble.) a) Bois mécanique. On coupe le bois en büches de 50 centimetres de long, on l'écorce, on retire les nceuds par forage, et 011 l'écrase avec une meule de grès appelée défibreuse, contre laquelle le pressent plu- sieurs jets d'eau. Cette pate constitue une sorte de sciure. Les fibres qui la coniposent sont trés courtes et brisées. Aussi les papiers qu'elle donne sont-ils de qualité médiocre. b) Bois chimique. On réduit le bois en büches comme pour le papier mécanique, puis on le fait cuire sous pression dans un digesteur, pendant dix heures environ, avec du bisulfite de chaux ou de magnésie. La pate obtenue est formée de fibres longues, intactes et se feutrant bien. Elle est composée de cellulose presque pure et peut donner des papiers solides. Cepen- dant, pour l'appliquer a la fabrication des beaux papiers, il faut la blanchir au chlorure de chaux, comme la pate de chiffons, ou la soumettre a Faction d'une solution de chlorure de magnésium qu'on électrolysera. III. PATES DIVERSES En principe, on peut faire du papier avec tous les végétaux. Les végétaux les plus employés sont l'alfa, la paille des céréales et le sparte. L'alfa est utilisé pour les papiers d'assez belle qualité. Le papier de Chine est fait de pur bambou; le papier du Japon est fabriqué avec l'écorce du Broussonelica papy ri/era ou mürier a papier, etc. PAPIERS ET PATÉS Les trés beaux papiers sont faits avec des chiffons soigneusement triés, lessivés et blanchis. Mais a mesure que baisse la valeur marchande, il entre dans la composition des patés une quantité de plus en plus grande de succédanés et même de charge minérale (matières diverses qui servent a augmenter la blancheur, l'opacité et la résistance du papier). C'est ainsi que les papiers de bas prix ne contiennent plus que des mélanges de bois mécanique, de rognure de papiérs et' de pate chimique. Les pates, line fois composées, sont sou- ntises au raffinage, c'est-a-dire qu'elles sont triturées a nouveau dans une pile raffineuse. On introduit alors dans Fappareil même la charge minérale et, le cas échéant, la colle de résine. ENCGLLAGE Cette opération est trés importante. Le papier qui n'y a pas été soumis reste mou, spongieux, peu résistant; il peut, quand sa texture est lache, servir de filtre ou de bu- vard. II existe deux procédés d'encollage i" Encollage dans l'èpaisseurOn verse dans la pile, pendant le raffinage, une colle blanche qui n'est autre qu'une dissolution concentrée de résine. Cette colle ne moisit jamais malgré l'absence de tout antisep- tiquemais si le papier gagne a ce traitement de devenir imperméable, il y perd beaucoup de sa force et de sa souplesse, Suivant la quantité de colle que l'on a employée, on obtient des papiers demi- colle ou quart de colle 2° Encollage en surface. On prépare un bain de gélatine additionnée d'alun et de petites doses de formol (pour préserver la gélatine de la corruption). On y plonge les feuilles, qui sont ensuite suspendues et séchées a Fair, sans chauffage. Cet encol lage est sensible a l'humidité. On peut coller a la gélatine un papier qui aura été faiblement collé dans la pate, a la résine. MANUFACTURE DU PAPIER Le papier peut être fabriqué a la cuve ou en continu. a) A la cuve. On le fait a la main, a l'aide de formes spéciales composées d'un chassis rectangulaire. b) En continu. Les opérations se font mécaniquement et se suivent sans inter ruption. Elles comprennent i° L'épuration, par le sablier, qui enlève les graviers et les corps étrangers. 2° L'égouttage. La pate, qui contient dix fois son poids d'eau, arrive sur une toile métallique sans fin, oü se fait l'égout- tage. La toile présente des mouvements latéraux de secousse destinés a croiser les fibres et a obtenir ainsi un feutre 3° L'aspiration, qui est réalisée par l'emploi de caisses a vide. 4° L'essorage ou compression avec des cylindres, sur un feutre. 5° Le chauffage, obtenu avec des cylindres chauffés a la vapeur, qui compléte la dessi- cation a froid. 6° L'enroulage et le coupage, le bobinage. Le papier est parfois satinè a l'aide de presses rotatives a froid, ou quelquefois ca- landré a chaud avec des cylindres chauffés. Plusieurs causes contribuent a la dété- rioration du papier, dont la première est son propre mode de fabrication. Nous allons passer en revue les diverses contaminations

Arts et Metiers Graphiques fr | 1930 | | page 63