44 qui peuvent atteindre le papier entre le moment oü est fabriquée la pate et celui oü elle est transformée en feuilles. i° Les pates de chiffons, faites sur place et humides, attendent quelques heures ou quelques jours avant d'etre employées ce temps suffft pour qu'elles moisissent. Les pates chimiques de Scandinavië ou du Canada arrivent humides et sont con- servées plusieurs ntois. Par suite, des germes s'y développent. Les pates mécaniques sont souvent fabri- quées avec des bois mal conservés et ren- ferment 50 pour cent d'eau quand elles arrivent des pavs producteursaussi portent elles en elles-mêmes des germes. De plus, l'addition de patés diverses, non aseptisées et plus ou moins infectées, est une nouvelle cause d'infection. 2° L'infection peut se produire aussi au cours de la fabrication. Suivant certains ingénieurs, elle est causée par l'eau et les matières organiques contenues dans l'eau. Le danger provient surtout de l'atmos- phère qui véhicttle toujours des germes. 30 Cependant, après le blanchiment au chlore et le séchage mécanique, on peut considérer pratiquement le papier comme exempt de germes. II faut done admettre que l'infection atteint le papier terminé. Cette infection est occasionnée par Fair soit dans l'usine oü abondentles poussières, soit dans les réserves, les caves, les maga- sins et les bibliothèques. L'eau est un autre agent d'infection. Selon la technique des anciens imprimeurs, les taille-douciers mouillent le papier avant le tirage des gravures. Cette pratique explique la mouillure des estampes anciennes et de certains volumes (larges taches d'eau qui déparent de nombreux livres romantiques et les éditions des grands classiques publiées par Lefèvre et Crapelet vers 1820-1830). La lumière joue aussi son röle. Le papier jaunit sous son action. Le mode de fabrication revêt une grande importance quant a la résistance ou a la non-résistance du papier a cette action. L'expérience sui- vante va en fournir une preuve décisive. On expose pendant six heures, sous une lampe a rayons ultra-violets de 3.000 bou gies, différents échantillons de papiers choisis convenablement; on adopte comme témoin une feuille de papier du xvme siècle. Tous les papiers de bois, mécanique ou chimique, jaunissent fortement. Aucun papier de chiffon ne jaunit, même faiblement. Le papier ancien ne jaunit pas non plus. Dans le cas de la pate de bois mécanique, ce sont les impuretés du bois qui provo- quent le jaunissement. Dans le cas de la pate de bois chimique, ce sont les agents que l'on a dü employer pour épurer le bois mécanique c'est-a-dire la matière pre mière qui provoquent la dégradation de la cellulose et, en agissant sur son degré de polymérisation, la rendent plus sensible et plus vulnérable a la lumière. L'addition de pate de chiffons a une pate de bois ne saurait préserver celle-ci de la détérioration. C'est ainsi que beaucoup de livres du xixe siècle, fabriqués avec un papier de ce dernier type, nous sont par venus en fort mauvais état. On a pensé que le problème de la con servation allait être résolu grace a une cellulose de bois chimique que l'on a inventée récemment. II est dès maintenant prouvé que cette nouvelle cellulose ne résiste pas aux rayons ultra-violets. En définitive, le seul papier inaltérable a la lumière est le papier pur-chiffon, a 100 pour cent de chiffons. Divisons maintenant ces papiers pur- chiffon en deux catégories A. chanvre et lin; B. coton. Nous subdiviserons chacune de ces caté gories en cinq échantillons, selon que le chiffon est a) pur, non lessivé, non blanchi, non collé. b) lessivé. c) non lessivé et blanchi. d) non lessivé, non blanchi et collé a la résine. e) non lessivé, non blanchi et gélatiné. Après vingt-quatre heures d'exposition a la lampe ci-dessus décrite, les papiers collés d la résine prennent une teinte jaune trés nettetous les autres papiers restent intacts. Done le collage a la résine est nuisible. Après quarante-huit heures d'exposition, lés échantillons blanchis commencent a changer de teinte. Done le lessivage ne nuit pas; il est même a recommander puisqu'il assure la propreté du papier. Le gélatinage n'est pas nuisible non plus, et la couche gélatineuse protégé le papier des atteintes de Fair. Notons, en conclusion de ces expériences, que les seuls papiers susceptibles de résister aujourd'hui a Faction de la lumière sont ceux qui sont composés de chiffons non blanchis, gelatines ou non. Or c'est précisé- ment la composition du papier ancien qui servait de témoin. Nous ajouterons que, pour sa résistance et sa souplesse, la toile est préférable au coton. Les anciens l'avaient remarqué, qui n'usaient de coton que fort rarement. ■fa L'encre joue aussi un róle dans la conservation des papiers. Elle doit être pure d'acides libres; car une encre acide trans- forme peu a peu la cellulose en hydrocel- lulose pulvérulente. Quand on touche le papier, les parties imprégnées d'encre tombent en poussière, et les lettres appa- raissent découpées a jour. Ce fait s'est produit fréquemment dans les documents anciens. ■ff Les champignons sont la dernière cause de détérioration des papiers, et l'une des moins négligeables. Plus de cent cinquante espèces de champignons s'attaquent au papier des livres. Les insectes sont beaucoup moins nocifs qu'eux, et ils ne le sont point du tout dans les pays froids. Certaines espèces de champignons n'ont jamais été trouvées que sur du papier. II en est même qui ne vivent que sur certaines sortes de papiers papier sali, papier de tenture, papier a frontage ou a viande, etc. Ces champignons secrètent souvent un pigment diffusible. La tache est alors forntée d'un centre qui est le mycélium et d'une partie périphérique, que constituent les fibres du papier colorées par les sécré- tions fongiques. La zone pigmentée, de teinte et de forme variables, est souvent visible sur les deux faces du papier. La matière colorante peut même, si la diffu sion est marquée, traverser successivement plusieurs pages d'un livre. En outre, ces champignons, détruisant partiellement les fibres du papier, en pro voquent parfois la perforation. On doit les considérer comme les agents des véritables maladies du papier. if- Quelles sont, pour conclure, les meilleures garanties a prendre contre ces contaminations S'il s'agit pour un éditeur qui veut faire imprinter un livre, de choisir un papier inaltérable, nous ne pouvons que le ren- voyer a ce que nous venons d'écrire sur la composition des pates et que nous résume- rons ici. Le meilleur des papiers est celui qui serait fabriqué d'après les bases suivantes Pur chiffon 100 pour cent, le chiffon n'étant pas blanchi. (Par conséquent ne jamais demander un papier trop blanc, car il faudrait le blanchir au chlore). Employer la toile de préférence au coton. Coller légè- rement dans la pate pour éviter la moisis- sure et gélatiner pour mieux protéger le papier des atteintes de la lumière. Sécher a Fair, sans chauffage et, si possible, a Fair filtré ou stérilisé. Toutefois, la gélatine étant assez hygrométrique, le papier devra être conservé a l'abri de l'humidité. Pour les papiers qui ne seront pas fabri qués avec des chiffons, il faudra utiliser des matériaux de bonne qualité (bois chimi que, etc...) et combattre a chaque instant l'infection par des traitements appropriés stériliser les matières premières par des substances chimiques et par la chaleur, sécher les patés et, au besoin, les stériliser a nouveau avant leur transformation en papier, et pratiquer un bon encollage dans la pate. Le satinage et le calandrage sont utiles car ils rendent le papier moins hygromé trique et plus lisse (l'on sait que les sur faces lisses retiennent moins les poussières que les surfaces rugueuses). Peut-être devrons-nous maintenant, pour être complet, signaler a nos lecteurs que l'une des plus graves maladies du papier dit pur-chiffon est de contenir souvent le tiers ou même la moitié de son poids de pate chimique. Le papier est moins coüteux, et, plus souple, il s'imprime plus facilement que le véritable pur chiffon Mais la su- percherie se découvrira dans trente 011 qua- rante ans, quand les livres imprimés avec ces papiers que l'on n'avait pas soupqonnés, se couvriront de piqüres et de mouillures

Arts et Metiers Graphiques fr | 1930 | | page 64