w t a llllltf m 0 doit viser a l'expression se modifie avec la surface a couvrir. Si je prends une feuille de papier d'une dimension donnée, j'y tracerai un dessin qui aura un rapport nécessaire avec son format. Le dessin doit avoir une force d'expression qui vivifie les choses qui l'entourent. Depuis trente ans, le dessin de Matisse a beaucoup évolué. Les ombres massives d'encre de Chine, cruelles et puissantes en 1900, sont devenues des arabesques gracieuses, sinueuses et souples. Les dessins de Matisse, presque toujours schématiques, ne sont jamais stylisés. Courthion disait d'eux, autrefois Ce sont des essaims d'abeilles qui bour- donnent autour de la forme et Waldemar George, plus récemment La ligne de Matisse est mobile. La forme qu'elle contient, ou plutöt qu'elle résumé, semble parfois extensible... Matisse sait l'art de faire parler les vides. Mais telle est la süreté de sa main que ses vides sont eux-mêmes éloquents. Mieux qu'un modelé scolaire, ils indiquent la mesure d'un volume. Quelle virtuosité supposent la Jeune fdle assise écrivant, celle au peignoir a fleurs, l'étonnant rac- courci du Nu renversé, le jeu de glaces auquel le maitre se complait souvent et qui lui permet d'appa- raitre au-dessus des formes attirantes d'une des odalisques a la fois voluptueuses et décoratives qu'il a tant aimé créer Quittons, hélasle plus intelligent pour le plus malin dont les sortileges relèvent plus de lasor- cellerie que de la simple astuce. Picasso, lui aussi, est un trés grand dessinateur, intuitif, sensible et cérébral a la fois. II fait ce qu'il veut. II a tous les dons et cependant la dernière fée en passant sur son berceau a suffi.par samauvaise humeur, a empê- cher l'éclosion du plus grand génie de tous les temps. Picasso est l'un des fondateurs de l'un des cubismes si nécessaires alors pour repartir avec des idéés saines. A cöté de dessins purement cubistes qui sont des contrastes de formes, les Deux êtres pensifs accoudés révèlent une poésie tendre, presque familière, que les eaux-fortes de la série du Cirque acclimatent en nous. Les Nus sur la plage, les Trois Graces, les Hommes assis et mangeant sont d'une composition qui classe leur auteur, mais l'eau-forte de la Tauromachie dénote un sentiment épique particulièrement éton- nant. Petit-hls spirituel de Goya, Picasso nous semble la, quoi qu'en pense Eugénio d'Ors, bien loin de la veine italienne. L'énorme bete et son entourage, la profonde sauvagerie de l'estampe et son mouvement surnaturel se rattachent directement au Dos de Mayo et a ce gout espagnol de l'horreur en mouvement. La légende antique du Minotaure n'a jamais été soutenue par un poème plus affreu- sement beau. L'un des attraits de Picasso c'est de connaitre la mesure et de pouvoir être calme quand il sait déclencher un aussi magnifique tourbillon. Auprès des siennes les gravures de Juan Gris nous paraissent un peu sèches, presque mauvaises. Le charmant peintre aux nuances douces n'est sauvé que par un portrait cubiste et une nature morte simple au trait sur, précis et intéressant a la fois. 'jj t 13 Derain. Le Bain. Pointe sèche et burin. Coll. Petiet. -u~ rA- Lettre de Derain a Guillaume Apollinaire. Coll. de Mm0 Apollinaire. Cv C

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 25