d'accessoires concrets et charnels, cette Mélancolie est bien l'image de la détresse de 1937. Baudelaire l'aurait chantée divinement. Laboureur a eu droit a une trés importante repre sentation, presque trop importante paree que son esprit léger risque un peu de paraitre trop semblable a lui-même par une juxtaposition massive. L'atmo- sphère de son burin La Sortie de l'église, celle, un peu différente, du Port de Saint-Nazaire, nous plaisent fort. II y a la les qualités franqaises de raffinement et d'élégance avec leur revers un peu fatal de fragilité. Spirituel aussi, beaucoup plus naïf et beaucoup plus compliqué a la fois, le bon Joseph Hecht pos- sède un trés beau métier. La savoureuse Construc tion de l'Arche de Noé, les bêtes dont rêvent les enfants polonais nous font penser a l'amusante série des planches sur Paris que Hecht créa il y a peu. Son Ours blanc, ses hérons effilés, il les a surpris au Jardin des Plantes, qu'il affectionne tant, et son burin alerte construit des ponts, élève des maisons oü sa faune pittoresque s'ébat a loisir. Les Serpents de mer et la Baie des Palangues, de Lespinasse, sont d'une tout autre sève qui semble alimenter un rejeton du vieil arbre de Gustave Moreau. La bouture la plus vivace de cette souche reste Georges Rouault ,dont les lithographies pous- sées au noir ont les mêmes farouches et épaisses valeurs que sa peinture. Avec du charbon écrasé, Rouault donne la force grasse a ses rêves ou a ses tentations. Ses eaux-fortes elles-mêmes reflètent son curieux tempérament. Au centre même des salles de peintures réservées aux plus grands noms, fusains, sanguines, crayons de couleurs et mines de plomb sont rassemblés en hommage autour de l'ceuvre sculptée d'Aristide Maillol. Les grands nus au fusain, sensuels et ronds montrent les volumes de chair repensés, recréés, repétris par le maitre sur le papier avant d'etre attaqués dans la glaise. La probité, la clarté de son travail, s'y étale, aussi nue que les modèles, et l'acharnement au travail et la tendresse avec laquelle la nature respectée refleurit dans le modelé des cuisses, les rondeurs des seins, l'ombre plus déli cate des aisselles. Maillol a besoin de chercher le volume par des traits sur une surface plane. Rodin, plus hatif, se contentait d'une apparence qu'il comprenait sans la traduire tout a fait. Maillol a exécuté des milliers de croquis qui se ressemblent comme des frères sans jamais s'identifier, car son art n'est pas un jeu d'idées, mais une passion vivante qui ne repose que sur l'étude et ne se satisfait jamais que dans la recherche du mieux. 17 Dunoyer de Segonzac. Eau forte pour les Géorgiques. IV

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 29