ration de la poterie et celle du visage. Le père Sahagun, un des premiers Européens qui aient pénétré au Mexique, et a qui nous devons la première histoire de ce pays, rapporte que les femmes mexicaines se fardaient le visage avec de la couleur jaune avant d'y reproduire des dessins de couleur rouge foncé. On en a conclu que les pintaderas étaient essentiellement des ustensiles uti lises par les femmes pour leur toilette. Les dessins que l'on a pu relever représentent principa- lement, soit des motifs géométri- ques, soit des têtes de singes, d'oiseaux, etc. La collection dont nous don- nons ici les premières images est une acquisition récente du Dépar tement d'Amérique du Musée de l'Homme. Elle provient de la partie la plus septentrionale de la République de l'Ëquateur. Notre ami Roger Falck s'est donné la peine d'en faire le relevé complet. Elle se distingue par une richesse de motifs qui l'em- porte sur tout ce qu'on connaissait jusqu'ici. Les dessins géomé- triques y tiennent encore une place considérable, mais a cöté de ces formes relativement simples, auxquelles s'ajoutent des têtes fantastiques gravées légè- rement, on trouve un grand nombre de motifs, plus ou moins compliqués, dont le sens n'est pas toujours certain. On distingue facilement, par exemple, une frise de petits personnages encadrés par une sorte de grecque, tandis que telle série de poissons, trés stylisés, n'a pu être identifiée que par comparaison avec des dessins analogues sur des vases prove- nant de la cöte péruvienne. Le sens des formes était trés développé chez les Indiens, ils ont poussé trés loin la stylisation, et il n'est pas jusqu'aux motifs purement géométriques d'appa- rence qui n'aient pour raison d'etre une signification précise. L'insuffisance actuelle de nos con- naissances, qui nous rend souvent impuissants a interpréter correc- tement, ne doit pas nous le faire oublier. II est intéressant de suivre cette stylisation dans ses diffé rents stades il arrive que dans la même figure on trouve un détail d'une stylisation trés hardie au milieu d'un dessin trés naturaliste. Ainsi le serpent qu'on voit a la figure 7, s'il est traité dans l'en- s:mble d'une fa^on relativement véridique, a la tête placée au milieu du corps. Dans ce seul dessin se trouve ainsi évoqué, une fois de plus, l'éternel pro- blème de l'art développement du naturalisme vers 1'abstraction ou de l'abstraction vers le natu ralisme, ce problème fondamental qui apparait avec les débuts de l'art, en tant que créateur de formes, et qui restera lié a toute son évolution. HEINZ LEHMANN. (Relevés de Roger Falck).

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 36