rard s'est porté au premier rang des décorateurs de théatre. II y a quelques années, je le rencontrai dans les prome- noirs de music-halls déja ces audaces dans le bati, ces oppo sitions d'ombres et de lueurs, ces assemblées de corps et de formes le conduisaient au ravis sant métier d'illustrer des comédiesde construire ces pans et ces coins, ces entrées et ces sorties, d'établir ces éclairages et ces zones de demi-teintes, qui sont comme les preuves et les signes de la fatalité, encore plus au théatre que dans nos demeures. Peu a peu, il a su tirer de l'inconnu, en empruntant les pistes mê- mes que les ceuvres indiquent aux inspirés, la sorte de pro jection que ces ceuvres sem- blent supposer et le cadre qu'elles appellent par leur pathétique ou leur grace. Qu'il était facile, quand on apporte tant d'imagination et de liberté a la décoration d'une pièce, de se perdre dans l'orne- ment, l'exagération ou le scan- dale Or, Bérard a su rester maïtre de sa partie, et comme loyal. Aussi frappante qu'ait été pour certains la forme théatrale qu'il a contjue pour un contenu donné, il n'en demeure pas moins lié aux détours et aux exigences cachées de l'oeuvre représentée il a fallu qu'il la subisse avant de s'en échapper. Tout spectacle est comme voué a réagir contre le vide, et comme il est vain de lui supposer un décor im- muable, pourquoi ne pas se livrer avec confiance a un déco rateur qui l'enveloppera dans une idéé de fête ou de cérémo nie, qui lui confectionnera une manière d'écrin aussi heureu- sement adapté a la pièce jouée qu'il s'agisse de Corneille, de Molière ou de Cocteau que secrètement conforme a l'ame des specta- teurs modernes. Car si notre de Jiaut en bas Décors de La Machine Infernale de Jean Cocteau Comédie des Champs-Élysées. (Photos I.ipintzki).

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 43