esprit n est pas sourd a la qualité des oeuvres classiques ou aux mystères de la poésie de théatre telle que l'entend Gocteau, s 'il ne sera jamais indifférent aux traditions de la mimique, notre ceil est devenu dif ficile et notre sensibilité plus inquiète. II n'y a peut-être aucun paradoxe a se risquer a dire que la pièce que nous allons voir, surtout si elle n'appartient pas au répertoire courant, fait de situations con- trastées ou de ce qu'on appelle l'esprit de Paris, si elle n'est pas une simple in trigue cousue de réparties spirituelles si elle est au contraire puisée dans l'ancien fonds, beaucoup plus destiné a la céré monie que le nötre, si enfin elle est fille d imagination pure, nous voulons qu'elle commence et qu'elle se compléte, ou qu'elle se continue par quelque chose, qu'elle soit pièce non par le dialogue seulement ou par la rencontre des caractères, mais par son aspect extérieur, son vêtement et le décor dans lequel elle se déroule. G est cet aspect extérieur, ce fini d'une oeuvre qu'on a voulu tout a fait ronde et ornée, que Bérard a su amener au point précis de satisfaire. Aussi nous souvien— drons-nous longtemps du ravissement qui s'empara de nous lorsque nous apergumes Madeleine Ozeray et Louis Jouvet dans le décor nouveau de 1' École des Femmes La chose était a la fois une petite ville, une place, une rue, une demeure, un jar din, un salon et une féerie. Le tout formait un ensemble auquel on était pour ainsi dire sommé de sourire et de céder, tant il offrait de séductions et tant il se prêtait a la repré- sentation de ce chef-d'oeuvre. L'artiste avait fait ren- trer dans une même image les éléments et les visages les plus divers, le passé et le présent, le théatre parlé et 1'impres sion visuelle, M. de Molière, la Souche, Agnès, Jouvet, le XVII siècle et le nótre, les flambeaux et l'équipement électrique, le détail et la synthèse. Pour reprendre une phrase qu'on trouve dans la lettre que Molière adressa, du temps de 1' Ecole des Femmes a la trés belle Henriette d'Angleterre, première femme de Monsieur, Bérard sut trouver des rapports entre des choses si peu propor- tionnées Un décor d 'imagination pure eüt sans doute prononcé le divorce entre la pièce classique et la mise en scène moderne. Tout le secret de Bérard consiste a avoir su faire le point entre la préciosité molié- resque et les conquêtes de notre fantaisie. J'ai pris l'exemple de 1' École des Femmes a dessein, car le décor de ces cinq actes paraït plus osé et plus éloquent que les autres. Mais les tableaux de la Machine infernale et de 1' Illusion comique partent du même principe et révèlent la même perspicacité. Ici, les moyens et les ruses de l'illusion, les esca- liers et les barreaux de la farce corné- liennela, les instruments de la fatalité, 1 appareil du tragique et la simplicité de 1'obsession sont du même ton et relèvent de la même verve. II m est arrivé, a la représentation de ces pièces, de supposer dans la main du déco rateur une baguette magique dont il se serait servi pour donner des couleurs a ces oeuvres écrites, du sang, des attitudes, une ossature toute d'invention et de charme, qui rendaient les spectateurs aptes a entrer dans une atmosphère dramatique ou subtile. Et retenons enfin ce mot d'un provin c i a 1 qui enferme plus d 'un com pliment, c'est qu'on ressent plus d'hon- neur a fré quenter les théatres lors- qu'on y est regu de cette fafon. Décor de 1 'École des Femmes de Molière. Théatre de l'Athénée.

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 44