SAS NT - SIMON Définir ici en quelques lignes le Saint-Simonisme, 1'oeuvre occulte ou réelle des saint-simoniens, presen ter les plus typiques d'entre eux, serait une gageure si, a travers le fatras de leurs oeuvres ou celles de leurs commentateurs, l'ouvrage capital que M. Charléty, recteur de 1'Académie de Paris (i), a consacré a leur histoire d'une part, et celui que le collectionneur bien connu, M. Henri-René d'Allemagne (2), d'autre part, a luxueusement dédié a l'iconographie saint-simo- nienne, ne nous avaient été les plus utiles et les plus merveilleux des guides. Done, en 1825, vers 1° temps oü montait sur le tröne le dernier des rois de l'Ancien Régime Charles X, disparaissait obscurément a Paris un petit cousin du fameux mémorialiste du règne de Louis XIV, Claude-Henry de Rouvroy, comte de Saint-Simon, et par surcroit, disait-il, descendant authentique de l'em- pereur Charlemagne. D'aussi illustres origines ne l'empêchèrent point de mourir dans un état proche de la misère, mais laissant a quelques-uns de ses disciples un heritage philoso- phique d'envergure, et le souvenir d'une vie fort aven- tureuse. Né en 1760, il prend part a l'age de dix-neuf ans a la guerre de l'Indépendance américaine, sert sous les ordres de l'amiral de Grasse et de Washington. Fait prisonnier, puis rendu a la liberté, il voyage, propose sans résultat au vice-roi du Mexique un projet de communication entre les deux océans, sorte de premier projet et première vicissitude du canal de Panama. Revenu en France a la veille de la Révolution, le ci-devant comte de Saint-Simon spécule sur les biens nationauxdevenu suspect, il est emprisonné, mais la chute de Robespierre le sauve. C'est pendant cette détention que Charlemagne lui apparut, dit-il. Depuis que le monde existe, lui raconta l'Ëmpereur a la barbe chenue, aucune familie n'a joui de l'honneur de produire un héros et un hls de première ligne eet honneur était réservé a ma maison. Mon fils, tes succès, comme philosophe, égale- ront ceux que j'ai obtenus comme militaire et comme politique. Après quelques bonnes affaires, il semble trouver définitivement son chemin de Damas, il voyage en Angleterre, y découvre que les Anglais n'avaient sur le chantier aucune idéé capitale neuve II est vrai que, vers cette époque, l'Angleterre avait d'autres chats a fouetter. D'Angleterre, il passe en Allemagne, puis a Genève entre temps il se marie, divorce, et aspire a la main de Mme de Staël retirée a Coppet, sans résultat d'ailleurs. Enfin, il se fixe définitivement a Paris, d'oü pendant plus de vingt ans, a coup de brochures, de livres, de conférences, il va essayer de construire un monde utopique. II réunit autour de lui quelques grandes sommités littéraires et scientifiques de l'époque. Auguste Comte, Augustin Thierry, les docteurs Gall, Cabanis et Bichat, le financier Laffitte, sont ses commensaux ou ses com- manditaires, car il n'est pas encore question de dis ciples, de religion et de hiérarchie. Malheureusement, de nombreux pique-assiette se glissent dans cette société de grands esprits 32 'iv i&otfur Portrait de Saint-Simon. Deux éminents Saint-Simoniens. (1) Hartmann, éditeur. (2) Librairie Gründ éditeur, 2 vo!. in-40 illustrés. T /Z//y/ rZ r Y'y,

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 46