santé cependant, de rêver d'un papisme industriel Mais quel était done, en effet, le Pape de cette nou velle religion? A vrai dire, ils furent d'abord deux, qui s'appelaient (et ce n'est point un mauvais jeu de mots) Bazard et Enfantin. Cette dualité papale entraina bien entendu un schisme, et Enfantin, le Père Enfantin resta l'unique et vrai chef de la religion saint-simonienne. Comme toutes les religions, le Saint-Simonismesubit ses avatars La période doctrinale, l'ère religieuse, l'époque dogmatique. Au moment oü le Père Enfantin devint pape, elle entrait dans l'ère religieuse... et la maison commune de la rue Monsigny devint le Temple Les réunions s'y tenaient trois fois par semaine, on y priait et on y déjeunait en commun. II faut laisser a Édouard Char- ton le soin de nous parler de ces fervents concilia- bules. Édouard Charton est ce bonhomme plein d'idées qui fonda le fameux Magasin pittoresque en 1833 et qui vit encore. Ce Magasin pittoresque, eet adorable et prodigieux magazine est, au fond, un hls du Saint-Simonisme je ne sais s'il en a gardé la doctrine, mais si l'on remonte pas trés loin encore dans la collection, ses enquêtes sociales, ses articles scientifiques, sa péda gogie et son didactisme, le but même qu'il s'est proposé d'emmagasiner l'humain et le pittoresque, sont a coup sür d'inspiration saint-simonienne, a preuve que, tout au long de la guerre de 1870-1871, il n'est pas fait mention une seule fois des opérations en cours, car il n'est point question de guerre dans la doctrine politique de Saint-Simon. Mais laissons Charton, jeune néophyte, nous racon- ter ses curieuses impressions Assis devant une table au milieu d'un rang de jeunes gens, deux hommes d'age moyen attiraient tous les regards. Leur attitude et leur physionomie révélaient une grande puissance de volonté, de même que leur stature témoignait d'une force physique remarquable. L'un d'eux parlait les mots s'échap- paient lentement de ses lèvres. II tournait entre ses doigts une tabatière d'un bois commun... il ne levait les yeux que lorsqu'il voulait faire sentir une de ses expressions plus vivement que les autres. Comment nommez-vous celui qui parle? dis-je tout bas a mon voisin. Bazard me répondit-on. Et celui-la? dis-je en désignant le second person - nage qui, d'un air singulier de majesté, promenait des regards caressants sur l'auditoire. Enfantin Ce m'était une singulière situation, continue Char ton, de voir qu'on s'empressait autour de moi, que de jeunes femmes avec leurs époux, de jeunes hlles ame- nées par leurs frères me consultaient affectueusement et me demandaient de leur donner de l'espoir et du courage. II y avait des jeunes gens au visage rose et sans barbe encore qu'on appelait pères, et des hommes d'un age mür, des vieillards qu'on appelait fils. Quelquefois, un tout jeune homme se mettait au piano et s'abandonnait a sa fantaisie c'était Liszt, le grand Liszt. Face a lui, deux autres jeunes gens s'entretenaient de littérature avec un troisième c'étaient les deux célèbres financiers Émile et Isaac Péreire et Sainte-Beuve. Puis, dans ce groupement assez curieusemcnt cons- ;,y titué, la hiérarchie s'institua. Non pas une hiërarchie d'age, d'intelligence ou d'expérience, mais une hié rarchie ecclésiastique. Comme il y avait un pape, il y eut un collége de seize pères, puis des membres du deuxième et du troisième degré qui passaient de l'un a l'autre par une série d'initiations empruntées a la fois a la pompe romaine et aux rites ma^onniques. Bientöt la liturgie s'en mêla, le bleu fut la couleur saint-simonienne, un bleu qui allait du bleu clair au bleu foncé suivant le degré d'initiation des catéchu- mènes. La Révolution de Juillet, survenue entre temps, n'eut aucune influence sur le Saint-Simonisme, qui n'en eut d'ailleurs aucune sur elle. Toutefois, a la faveur d'un régime plus libéral, les prédications a Paris, les missions en province, reprirent de plus belle. A la fin de 1831, Enfantin pontifiait sur plus de quinze cents hdèles de conditions fort diverses, mais dont beaucoup appartenaient a la classe ouvrière quelques-uns d'entre eux, il faut bien le dire, paree qu'on y donnait des soupes, du travail et des vête- mentsd'autres, paree que la doctrine paraissait anti- cléricale. Au fond chacun prenait du Saint-Simonisme ce qui lui plaisait le plus, a l'instar de... Aussi parut bientöt l'époque dogmatique. Le Globe, nou vel organe de la religion, fut le Saint- Wff .<*rte, s-,- Zit' CARICATURE COMRE IJS SA I N i-SI.MOX I ENS l'iétur e,tt U l umutl Lr Chsmari, r.f\ -

Arts et Metiers Graphiques fr | 1937 | | page 49