s'occupaient d'abord du sujet, et d'ailleurs chacun pour soi. Puis les textes étaient en gé- néral plus tard couchés sur Ie papier par Ie chimiste et Ie texteur en s'appuyant sur la so lution graphique choisie. Bien que les graphis- tes eussent attaqué les sujets séparément et des cötés les plus divers, on put constater dans de nombreux cas un accord frappant entre leurs maquettes. IJ arriva aussi que l'un des graphis- tes reconnut la solution trouvée par son col- lègue comme Ia meilleure, ce qui prouve la sincérité du travail d'équipe qui présida a la réalisation. Pour Ie texte du commentaire fut intentionnellement choisie une forme plutöt didactique. De même que les projets graphi- ques, les textes furent filtrés et refiltrés avant de recevoir leur forme définitive. Que d'ailleurs cette série n'ait pas seulement voulu «philo sopher» mais qu'elle soit aussi une publicité trés réaliste pour une grande entreprise chimi- que, cela nous est montré par la liste finale avec indication du programme de livraison de la maison. Parmi les annonces ici présentées il n'en est peut-être pas une seule oü Ie dessin ni Ie texte aient trouvé dés Ie premier jet leur forme définitive. Ce fut au contraire une lutte sévère pour chacune des annonces a créer, ce qui prit énormément de temps. Pourtant les travaux de cette série, dont la préparation s'étendit sur un laps de temps d'un an et demi, n'ont jamais souffert de la pression du temps, car les délais de réalisation avaient été dés l'abord calculés d'une .fa^on trés large. Extraite de cette série en noir en blanc de Huls, qui paraït depuïs Ie début de cette année dans la revue «Chemische Industrie», nous présentons ici une sélection restreinte des exemples les plus marquants. Eberhard Hölscher Monsieur Biedermeier va en visite (pages 32-37) L'époque heureuse oü «grand-père épousa grand-mère» est encore plus lointaine que nous ne pensons; car August Langbein qui composa en 1813 cette vieille chanson a succès avait alors déja la nostalgie d'une époque antérieure, et cela en plein «Biedermeier» qui nous semble aujourd'hui la définition même du «bon vieux temps». Nous n'allons pas ici analyser cette période trés complexe qui va des guerres de libération contre Napoléon au «Manifeste com muniste»: restons-en plutöt a nos petites cartes de visite, ces délicates fioritures, certes non sans importance, en bordure de la civilisation et même de l'histoire de l'art. Ce que nous présentons ici en reproduction va de l'époque rococo aux années 30 du XlXe siècle. L'évolu- tion est longue, les changements de style cou rants, ils embrassent l'époque des perruques, l'empire bourgeois et Ie néo-classicisme. La décadence est ensuite d'autant plus rapide; dés les années 40 Ie bon marché triomphe et peu après la pure camelote. Les vertus du «Bieder meier», une politesse venant vraiment du cceur, une chaleur humaine, un respect profond des traditions sociales, tout se perd peu a peu. Une «industrie» en pleine croissance exploitait en core jusque vers Ie milieu du siècle la senti- mentalité et Ie mauvais gout. Les couches su périeures de la société se tournèrent alors vers une sorte «d'objectivité nouvelle» et nous trou- vons encore vers 1860 de séduisantes cartes de visite imprimées et gravées, mais évidemment sans ornements ni couleurs. Car il faut savoir qu'une grande partie de nos petites cartes de visite étaient en couleurs, coloriées a la main. II est encore rare de trouver Ie nom ajouté par un imprimeur. C'est pourtant une telle carte qu'utilisait Goethe, tout a fait dans le style Biedermeier, avec un cadre orné de fleurs: «Conseiller intime en exercice et Ministre d'Etat Grand-Ducal de Saxe-Weimar, von Goethe». II utilisait lui aussi les petits cartons si avenants de son époque pour écrire des remerciements, des vceux et des recommandations en vers, car on n'est pas tellement loin de la carte de vceux ou du faire-part modernes. La carte commer- ciale fait alors aussi ses premiers pas, mais elle reste dans une parenté décente avec les autres cartes. La carte de visite perd it son caractère Biedermeier, son visage personnel, au fur et a mesure que son usage se répandit; on en vint même a faire précéder le duel de l'échange cérémonieux des cartes de visite; on atteignit le comble d'un formalisme pesant et ridicule en prenant l'habitude de passer une demi-jour- née en fiacre pour déposer partout des car tons qui tenaient lieu de plus ample visite. Mais aujourd'hui, oü elle semble passée de mode, nous commen^ons a la regretter; car quand un quidam inconnu vous glissait sa carte et ve- nait au secours de votre mémoire défaillante, c'était tout de même bien agréable! Et pour- quoi ce carton de papier, remis en honneur par une main d'artiste, ne pourrait-il pas en dehors de son utilité immédiate retrouver son rang de véritable cadeau qui entretient I amïtié? Eugen Roth «On vit bien» avec Fortnum Mason - depuis 250 ans (pages 38-43) Quand une maison de commerce peut s ap- puyer sur une tradition de 250 années, se vanter d'avoir été au service de 12 rois d'Angleterre et d'avoir toujours fourni les meilleurs produits pour la table et la cave, ce n'est pas une chose qui arrive tous les jours. On ne peut mieux ex- primer le prestige dont jouit cette maison aux yeux des Anglais que par cette constatation pleine d'humour qui veut que la rencontre his- torique entre Mr Fortnum et Mr Mason ne le cède pas en importance a la première rencon tre entre Adam et Eve. Le sigle F M est-il vrai ment aussi fabuleux que cela ou bien sommes- nous une fois de plus en présence d'une de ces exagérations dont est coutumière la publicité moderne? De même qu'il achète son «bowler hat», son melon, chez Lock, le businessman de la City fait venir son épicerie fine, ses vins, son thé et son café de chez Fortnum Mason. Cela fait partie du bon ton, aujourd'hui comme il y a un siècle, de même qu'il appartient au bon ton de cette maison de servir la clientèle en jaquette, aujourd'hui comme autrefois. Tradi tion - nullement surannée - jalousement con- servée a travers les siècles ,et qu'illustre l'élé- gante facade de style victorien, que commen- tent les vitrines modernes et pourtant fidèles a leur histoire - et toute la publicité. Ce n'est pas une publicité au sens courant du mot; même dans la plus humble des annonces, elle est en core une carte de visite distinguée. Typique a ce point de vue est le leaflet sur l'histoire de la F M. Pour Ie gros public l'histoire est ra-

Gebrauchsgraphik de | 1958 | | page 63