I Un petit bouquet de cartes de voeux personnelles (pages 33-39) Le graphiste Hansjörg Dorschel de Francfort s. M. voudra bien nous pardonner notre indiscrétion, si nous citons un extrait d'une lettre qu'il nous adressait, et qui concerne I'origine de ses cartes de vceux; nous en offrons a nos Iecteurs un pas sage pris parmi les plus charmants. «Cette pe- tite collection est de nature toute personnelle; elle fut en effet con^ue comme cadeau d'anni- versaire a une époque oü mon crayon, même lorsqu'il était occupé des taches trés concrètes, avait toujours envie de dessiner des coeurs. Mais comme le coeur revint plus vite de son escapade de printemps que le pinceau, ces dessins, privés de leur raison d'être, restèrent chez moi tristes et pleins de comes. Et voila tout. Ce n'est pas toujours l'appat du gain, ni même Ie désir d'at- teindre aux sommets de l'art qui donnent au trait sa vivacité. C'est souvent une jeune fille qui est en cause. Peut-être est-ce même nécessaire quand on n'a que 23 ans.Tout ceci est aisé a com- prendre; ces feuillets bariolés, qui ne parvinrent jamais a leur destinatrice, sont les aveux discrets d'un jeune amour, sur lequel le givre tomba prématurément. Cependant, a ce qu'il nous semble, ils ne sont pas fanés, et n'ont rien perdu de leur fratcheur et de leur originalité. Le pro pos de l'artiste, a lui seul - créer une suite de cartes de voeux et imaginer toutes les circon- stances dans lesquelles celles-ci peuvent être envoyées - témoigne des inventions de l'amour et de la personnalité de l'auteur. Qu'il nous soit permis de nous demander si notre industrie des cartes de vceux, qui est d'habitude si active, ne pourrait pas trouver la de nouvelles inspirations: nous lui conseillerions alors de s'adresser au parfait collaborateur que serait Hansjörg Dor schel. Carl Heussner «Le journal des messieurs» (Herrenjournal) (pages 40-43) Le but de Ia photo de mode est d'orienter: celui qui attend plus de ce genre d'image en mécon- nait la vraie nature et le fait qu'elle n'a rien a voir avec l'art, même si les arrière-plans qu'on tui choisit - musées, galeries, halls d'usine - témoignent soudain d'un ambitieux snobisme et respectent les régies du jeu esthétique actuel, qu'il soit abstrait ou tachiste. La photo de mode n'est au fond qu'un auxiliaire en images de la vente; elle doit sacrifier au détail; si charmants qu'en soient parfois les contours, elle ne peut pas rivaliser avec l'affiche. Comme Ia diffusion de la plupart des périodiques de mode destinés au grand public, ainsi que celle de nombreux organes de l'industrie textile dépend de la force d'expression de leur titre, une photo du modèle habituel ne peut guère suffire. Les revues spé- cialisées, les organes d'entreprise qui ne parais- sent pas trés fréquemment et dont le sommaire n'est pas lié a l'actualité peuvent par consé quent adopter une solution globale - ou bien leur couverture reproduit un détail restreint, mais caractéristique, d'une photo, ou bien elle con- siste en une réalisation graphique du style affiche, ou encore en un montage de ces deux procédés. II y a la, indubitablement, une source de solutions nouvelles, un moyen de sortir de ce cul-de-sac oü les mannequins, hommes et fem- mes, prennent aujourd'hui a l'envi les positions les plus extraordinaires pour attirer notre atten tion. Le «Journal des messieurs» (Herrenjournal) dont le fondateur, le baron d'Eelking, appar- tient aux experts de la mode masculine inter nationale, a confié a Hubert Czermak la mise en ceuvre de ses titres. La grande expérience de l'artiste dans le domaine de la réclame de mode le prédestinait a cette tache aimable. Pour ob- tenir l'effet de surprise nécessaire, il utilise tou tes les techniques graphiques et photographi- ques, toutes les combinaisons permises par l'image et le dessin, l'ancien et le moderne. Comme ses solutions conservent une valeur ex pressive et figurative par-dela l'époque de mise en vente du périodique, elles se détachent net- tement sur la foule des photos de titre qui sont si rapidement périmées. Franz Hermann Wills ployé toute son habilité et son goüt dans ses jacquettes de livres. Son sens pour l'élément dé- coratif et symbolique y joue un röle décisif; qependant, c'est encore l'attirance particulière qu'il exerce, et laquelle il donne une forme artistique, qui reste le «spiritus rector» de chacune de ces jacquettes, qu'elle soit illustrée ou purement typographique. Si Oelke s'est dé- cidé a adopter Ia tendance graphique de Hegen barth, il a pu le faire en connaissance de cause, après avoir acquis des bases solides et une tech nique assurée chez Willi Titze et Alfred Mahlau. C'est sans doute Ia raison pour laquelle la vir- tuosité du trait réjouit celui qui contemple un de ces dessins. II n'est pas jusqu'au plus petit cro chet, a la moindre fioriture - pour ne pas évo- quer l'anatomie d'un doigt ou d'une articula tion - qui ne prouve Ia perfection et la sureté avec lesquelles l'oeil dirige Ie crayon. Ce ne serait pas chose possible si l'oeil et la main n'étaient exercés de toujours et ne se vouaient point a servir ce phénomène artistique fantasti- que que nous appelons banalement le dessin». Erich PfeifFer-Belli Le dessinateur Siegfried Oeike (pages 44-51) Josef Hegenbarth, né en 1884, est sans aucun doute un des dessinateurs et illustrateurs alle- mands contemporains qui possède le plus de tempérament et a le talent le plus stimulant. Et les jeunes artistes sont parfaitement en droit, non de l'imiter, certes, mais de prendre comme modèle'son obstination et de chercher a se créer, a l'exemple de Hegenbarth, une «écriture» indi- viduelle - a condition évidemment qu'ils se sen tent assez de force pour assimiler a leur person nalité le rayonnement d'un autre artiste. Cette vitalité artistique, on peut la reconnoitre a Sieg fried Oelke, qui doit a un père missionnaire d'être né prés de Canton en Chine en 1923. Oelke est aujourd'hui, après avoir fait ses preuves dans des travaux personnels, professeur a l'Êcole Su périeure de Mode de'Hambourg, oü il enseigne le dessin de figures: ce choix est a l'honneur de ('établissement et du maitre. L'artiste indique lui-même qu'il a trouvé une inspiration déter- minante dans Ie message graphique de Hegen barth, ce qu'il est facile de déceler dans certains des dessins que nous reproduisons. II partage avec son maitre la süreté du «poignet léger»: Oelke semble pourtant plus nerveux, plus sen sible. La oü Hegenbarth, dans ses dernières oeuvres en particulier, use d'une facture vigou- reuse, son jeune disciple se montre circonspect et délicat, parfois tendre. Oelke a le sens de l'humour et de la forme grotesques, saisit la spontanéité d'un mouvement, la gróce d'un geste, sans jamais tomber dans le «léché» a la mode. II montre toute l'amabilité de son art dans ses illustrations de livres d'enfants: le mot «amabilité» tire ici son vrai sens de l'amour qu'il porte a l'objet, a l'enfant lui-même, de l'attirance qu'il éprouve pour les enfants, les animaux et leur monde. Oelke a en outre dé- Publications de Solvay et Cie, Bruxelles (pages 52-55) A l'instar d'autres grandes entreprises inter- nationales, l'administration centrale de Solvay et Cie a Bruxelles a publié, l'occasion de l'Ex- position qui vient de s'achever, toute une série de publications qui ont été en majorité distri- buées aux visiteurs intéressés. II s'agissait, sous un format en général assez grand, de brochures ou d'imprimés documentaires, visant a rappeler au lecteur l'évolution et l'importance de l'entre- prise et a lui montrer plus particulièrement la ramification commerciale et les réalisations tech niques de Solvay dans le monde. Ce qui nous frappe n'est pas seulement la clarté concrète avec laquelle sont traités les divers thèmes de ces publications, mais aussi et surtout leur forme extérieure: on a cherché a attirer I'attention du public par la typographie ou l'illustration, ce qui était d'autant plus difficile qu'il s'agissait fréquemment de sujets assez ingrats et peu sus- ceptibles d'être présentés de fa?on visuelle. Si l'on soumet done les publications de Solvay a un examen critique fait sous eet angle, on re- marque avec satisfaction qu'elles remplissent presque toutes de fa?on compléte le röle précis qui leur était assigné. Leur allure et leur pré- sentation en font des documents aussi instructifs que vivants; de la composition graphique et typographique naït une forme moderne et intel ligible sur le plan international, digne enfin de l'importance de Solvay. II importe, en concluant, de dire combien ces publications se distinguent avantageusement d'autres brochures publiées par de grandes entreprises, et dans lesquelles des produits dont la qualité est certes grande ne sont pas toujours présentés au public de fa^on appropriée ni exploités comme il le faudrait par la réclame. Eberhard Hölscher

Gebrauchsgraphik de | 1958 | | page 63