REMARQUES SUR L'ÉTAT PRÉSENT DE LA TYPOGRAPHIE BRITANNIQUE L'état de la typographic britannique a la fin de la seconde guerre mondiale diffère considérablement de ce qu'il était en 1918. Le changement intervenu remonte a 1923, date dont l'importance, au point de vue de la typographic britannique, ne peut être comparée qu'a l'an 1476, lorsque Caxton établit sa presse a Westminster. 1923 marque en effet le début de la carrière de MM. Oliver Simon, Stanley Morison et Sir Francis Meynell, et c'est essentiellement a ces trois hommes que l'on doit toutes les réalisations de la typographic moderne en Grande-Bretagne. M. Oliver Simon, créateur et directeur de la Curwen Press, fonda en 1923 la revue Fleuron, dont les pages accueillirent les théories et les recherches typographiques de M. Stanley Morison, lequel, d'autre part, en sa qualité de conseiller de la Fanston Monotype Corporation, trouva l'occasion de vérifier ses idéés dans la pratique. Et c'est également en cette même année 1923 que Sir Francis Mey nell publiait son premier livre a la Nonesuch Press. L'im- pression suscitée par les ouvrages dus a la Nonesuch Press est encore dans toutes les mémoires; chacun de ces livres démontrait de facon surprenante tout ce a quoi l'on peut arriver avec les matériaux les plus simples pour peu qu'on sache les utiliser avec intelligence et l'amour du beau travail. Or, cette unoin des préoccupations de pure éco nomie jointes au souci d'une réalisation parfaite, consti- tuait, pour la typographic britannique, une véritable revo lution. L'un des signes de l'influence exercée par M. Morison sur la typographic de ces vingt dernières années réside dans le choix des caractères le plus généralement en usage. Avant lui, les caractères les plus fréquemment employés dans l'impression des livres étaient VImprint, le Garamond, la Scotch Antiqua, et autres curiosités dites caractères an ciens. Aujourd'hui, les types préférés sont Baskerville, Bemho, Walbaum, Eric Gill's Perpetua et la Times Antiqua a l'exception du Baskerville, tous ces caractères ont été dessinés par la Monotype Corporation sous la direction de M. Stanley Morison, qui a lui-même congu le dernier d'entre eux. Comme tous les autres métiers, la fabrication des livres a eu fort a souffrir pendant la guerre. Outre de trés con- sidérables destructions des installations elles-mêmes, 21 millions de livres imprimés furent anéantis par l'ennemi jusqu'a la fin de 1941 sans compter les destructions postérieures dues aux Vi et V2 6 millions de volumes disparurent en une seule nuit de 1941, lors du bombarde ment qui coüta leur maison a quelques-uns des plus célèbres éditeurs de Londres, dans le quartier de la catbé- drale de St-Paul. Dans bien des cas, des hommes agés, dont l'habileté n'égalait pas toujours l'enthousiasme, durent, a l'aide de machines vieillies, s'efforcer de combler l'abime entre la demande accrue des livres et la pénurie non moins croissante du matériel. En outre, en 1942, les édi teurs britanniques conclurent de leur plein gré un accord d'économie pour la production des livres. Aucun volume in-octavo ne dut être composé en caractères de plus de 11 points ni relié d'un carton de plus de 12 livresla com position dut couvrir les 5 8 de la surface de la page, et il fut arrêté que l'on s'abstiendrait de passer a une page nouvelle pour les débuts de chapitre. Fort malheureusement, la typographic britannique a perdu aussi, au cours de la guerre, ses meilleurs artisans. Sur les trois grands pionniers cités plus haut, seul M. Oli ver Simon continue de travailler a la Curwen Press. M. Stan ley Morison a quitté la Monotype Corporation pour prendre la rédaction en chef du Times Literary Supple ment. Sir Francis Meynell, après cinq ans d'activité au service d'un ministère, est entré dans les affaires. Eric Gill n'est plus de ce monde, et les caractères créés par lui pour son propre usage ont cessé provisoirement, espérons-le d'etre utilisés. A la difference de ce qui se passé dans beaucoup d'autres pays, les éditeurs britanniques ont pris de plus en plus l'habitude de confier la présentation de leurs livres a un spécialiste travaillant a leur service, plutót que de s'en remettre aux imprimeurs. II y a naturellement des excep tions aucun éditeur sensé ne s'aviserait de dicter des prescriptions a eet égard a la Curwen Press ou aux presses d'Oxford et de Cambridge mais la majorité des livres a propos de la présentation desquels il est permis de parler de beauté sont cependant conqus dans les bureaux mêmes des maisons d'édition: d'oü la tendance a l'apparition d'un „style maison" propre a chaque éditeur. Les meilleurs exemples de ce système sont fournis par les maisons d'édition Faber and Faber, Jonathan Cape et Chatto and Windus, dont les livres sont toujours reconnaissables au premier coup d'ceil. II apparait aujourd'hui que la guerre a été fatale aux presses privées, a l'exception de la plus importante d'entre elles, la Golden Cockerell, oü M. Christopher Sandford a pu conserver pendant toute la durée des hostilités son activité d'imprimeur et d'éditeur. II vient de publier une magni- fique édition du „Mémorial" de Napoléon, tandis qu'une traduction de la Gesta Francorum est actuellement chez le relieur et qu'une demi-douzaine d'autres titres se trou- vent d'autre part en préparation. II faut également espérer que la Gregynog Press qui, avant la guerre, occupait toute une élite de collaborateurs et d'artistes éminents, fera de nouveau parler d'elle. La tradition de la typographic britannique dévelop- pement avancé des conditions techniques et grande simpli- cité de présentation se manifeste avec évidence dans [Traduction du texte anglais de la page 366] 387

Graphis de | 1946 | | page 119