L'art de l'enfant est entouré depuis un quart de siècle de pré- I venances et d'attentions sans précédent. II semble que notre monde moderne, qui menace l'homme dans tout ce qu'il a d'original, veuille ainsi sauver dans l'enceinte du jardin d'en- fants quelques échantillons d'une activité créatrice plus authen- tique, plus prés des sources secrètes de la vie. Des instituts ont été créés pour détecter, pourrait-on dire, les vibrations de 1'ame enfantine; des Musées de dessins d'enfants ont été fondés, et une abondante documentation s'est constituée sur l'enfant et son art. Mais malgré toute cette activité pédagogique qui semble parfois être une simple mode, le monde des enfants continue a nous émerveiller chaque jour, et il apparait décidé- ment que les portes du paradis restent toujours largement ouvertes aux tout jeunes êtres. Cependant le prétexte de parler d'eux nous aurait peut-être manqué, si les travaux présentés ici, dont la particularité est d'avoir été faits collectivement par des équipes d'enfants, ne présentaient en même temps une magnifique expérience hu- maine, qui dépasse par son actualité le cadre propre de l'en- fance. C'est a l'initiative de Madame Vige Langevin et de Mon sieur Jean Lombard, qui ont su réunir autour d'une même table des enfants du même age, que nous devons ces peintures collectives. C'est une extraordinaire réussite qui donne un sens tout nouveau et pour ainsi dire régénéré au mot «collectif» et nous laisse entrevoir que la collectivité, au sens le plus noble, prend ses racines dans la communion humaine, oü l'en fant entre d'emblée. II y a dans ces travaux une heureuse syn- thèse de l'initiative personnelle et de l'acceptation d'une idéé directrice; en somme une harmonie parfaite entre l'individuel et le collectif, entre la liberté et une discipline librement ac- ceptée. Les méthodes de travail ont été, comme nous le voyons dans la notice technique, longuement étudiées, et les instiga- teurs, tous deux des artistes d'un goüt sur, n'ignorent rien de la pédagogie moderne ni de l'évolution de la psychologie en fantine. Mais ce qu'on sent avant tout ici, c'est l'amour avec lequel ces professeurs se sont penchés sur leurs enfants, et c'est seulement dans eet esprit d'amour que toute oeuvre collective a quelques chances de rayonnement.

Graphis de | 1951 | | page 14