studio boggeri [Suite de la page 429) d'une Machine a écrire ou d'un Pneu, d'un Cachet contre la migraine ou d'un frigorifique. Notre Boggeri, done, qui, en d'autres temps, eüt collaboré avec des ma$ons, des marbriers, des artisans experts au manie- ment des cordes, a l'érection de l'Obélisque de la place Saint- Pierre sur l'ordre du pape Sixte-Quint, se trouve aujourd'hui devoir négocier avec Pirelli, Olivetti, Montecatini, Roche, Bem- berg, Glaxo pour mettre au point les fascinants protocoles qui vantent les vertus de nouveaux produits: Inverno ou Lexikon, Rodina ou Pantopon, Pekin plissé ou Pénicilline. Depuis 1933, date de fondation du studio Boggeri, celui-ci a été le manager d'un groupe trié sur le volet d'artistes publici- taires de la place de Milan: Schawinsky et Carboni, Huber et Vivarelli, Muratore, Grignani et Bonini. Non seulement ma nager, mais catalisateur, il a inspiré, sollicité, animé ses pupilles. Ceux-ci ont des goüts et des inclinations diverses, sont de cul ture et de sensibilité différentes, peuvent se classer poids plume ou poids lourds. Mais Boggeri, toujours, a compris le génie de chacun, a su développer, de chacun, les facultés les plus per- sonnelles. II a mis a leur disposition son atelier, ses ustensiles, ses papiers, ses encres, ses alphabets, ses archives. Si, au mur d'un atelier, règne une page de Bodoni ou un dessin de Matisse, a moins que ce ne soit la photographie d'une hélice ou la mi- crophotographie d'un alliage d'aluminium, ou encore un photogramme de Méliès, il est clair que ces présences, ces témoins, ces poncifs finiront tót ou tard par orienter le travail des collaborateurs et souligner, pour chaque période, les sym pathies soit pour le schème typographique, soit pour l'ara- besque fauve, soit encore pour le mécanisme, ou Klee, ou l'ironie du bric-a-brac. L'unité du travail de Boggeri, de sa direction, de sa «mise en scène», réside précisément dans le fait de s'ètre toujours complu aux formes d'avant-garde tout en sauvant son élégance par une forte éducation intellectuelle. Ce n'est point chose facile, dans la carence culturelle dont font preuve chaque jour et sous toutes les latitudes les grands magnats du Profit, de préserver une certaine finesse, une cer- taine propreté, un certain style. Si l'on veut tenter une synthèse de la production Boggeri, on pourra dire que, malgré les nombreuses mains dont il s'est servi, y demeure visible une tendance a la composition asymétrique. Presque jamais, il n'y a un centre, mais une multiplicité de foyers. La composition apparait dès lors comme un ensemble d'éléments séparés l'un de l'autre, de nombres presque toujours impairs et d'espèces diverses. Seul, dans ces panneaux, le blanc, l'espace neutre fait fonction de support, de magma, d'une espèce fluide oü les monades différentes flottent en suspens, comme dans un éclat d'iceberg, d'ambre ou de ciel. Cette obsession de donner de chaque objet moins le portrait que le squelette ou le spectre (et Boggeri, souvent, a volon- tiers recours a la photographie dont il savoure en connaisseur le pouvoir évocateur et médiuminique) me semble avant tout significative quant a la définition de son optique. Aussi, malgré son éducation, son charme, sa nonchalance, yois-je Boggeri fort voisin de la familie des Lautréamont, autrement dit de ceux qui réussissent encore a célébrer les noces fortuites, les occasions imprévues, les accidents, le hasard: la rencontre d'un parapluie mouillé sur une machine a coudre ou d'un artichaut posé sur une page de l'annuaire des téléphones. [Fonsetzung von Seite 426] und Vivarelli, Muratore, Grignani und Bonini. Er ist Auftraggeber und Katalysator, er inspiriert und animiert seine Mitarbeiter. Diese haben ganz verschie- denartige Geschmacksrichtungen und Neigungen, sind unter- schiedlich in ihrem künstlerischen Empfinden, sind Leicht- gewichtler oder Schwergewichtler; immer aber hat Boggeri die Begabung eines jeden erfasst und zu fördern verstanden. Er hat ihnen sein Atelier zur Verfügung gestellt, sein Arbeits- gerat und sein Material, seine Farben und Alphabete, sein Archiv. Wenn in einem Atelier eine Bodoni-Seite oder eine Zeichnung von Matisse hangt, die Photographie einer Winde, die Mikrophoto einer Aluminiumlegierung oder ein Photo- gramm von Meliès, so ist es ganz klar, dass diese Gegenwartig- keiten, diese Zeugen, diese Alltaglichkeiten früher oder spater den Entwürfen der Mitarbeiter eine Richtung weisen und in jeder Periode die Sympathien bestimmen, sei es nun für das typographische Schema, für die wilde Arabeske, für den Mechanismus oder für Klee oder gar für die Ironie des Gerüm- pels. Die Einheitlichkeit der Arbeiten aus Boggeris Studio zeigt sich stets in der Neigung seines Leiters zu avantgardistischen Formen, wobei er dank seiner streng intellektuellen Ausbildung immer seine Eleganz zu wahren versteht. Es ist bei dem Man gel an Kultur, wie er sich taglich und in allen Breitengraden bei den grossen Profitmagnaten erweist, keine leichte Aufgabe, eine gewisse Feinheit, Lauterkeit und einen gewissen Stil zu bewahren. Wenn man versucht, eine Synthese aus der Produktion von Boggeri abzuleiten, wird man feststellen, dass sie in einer Nei gung zur asymmetrischen Komposition liegt. Fast nie finden wir einen Mittelpunkt, wohl aber eine Vielzahl von Brenn- punkten. Die Komposition erscheint daher als eine Zusammen- fassung von Elementen, die voneinander getrennt und in ihrer Menge und Grósse ungleich sind. In diesen Kompositionen übernimmt das Weiss, der neutrale Raum die Funktion des Tragers, einer Art Fluidum, in dem die verschiedenen Mona den oben auf schwimmen, wie bei einem auseinanderbersten- den Eisberg die einzelnen Stücke. Diese Leidenschaft, von jedem Gegenstand weniger das genaue Abbild, als sein inneres Gefüge zu zeigen (und Boggeri nimmt dabei gerne die Photographie zur Hilfe, deren über- 468

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