illuminé ce principe essentiel que les hommes font l'Histoire, que l'Histoire fait les hommes et que les joies, tourments et passions qui accompagnent ce processus sont la pate dont nous sommes pétris. Levine voit les hommes en tant qu'hommes, mais toujours plus grands que nature. II les voit dans leur force, leur imagination, leurs perversions, leurs projets, leurs bas instincts et leur noblesse, et toujours dans la plénitude du róle tridimensionnel qu'ils jouent sur la scène changeante de l'Histoire. Un symbole, certes - mais le don qu'a Levine de scruter les caractères lui fait apercevoir l'être humain au sein d'un symbole qui le dépasse. Et voila surgir l'homme ou la femme mis a nu au plan des émotions, vivant, aimant, respi- rant, pressentant l'avenir, se vantant, conspirant, priant et mourant parmi les colonnes froides de la typographic oü s'expriment des mots savamment pesés. Levine met ses personnages en situation de manière a leur conférer une dimension nouvelle du raffinement intellectuel. L'équation finale a laquelle il aboutit est un cristal taillé a la perfection dont les faces reflètent l'homme, le moment, l'ceuvre et l'entaille qui est la sienne sur la face du temps. Artiste modeste, Levine distingue entre ses problèmes esthétiques et ceux des artistes des époques révolues. II tient a souligner la richesse de la tradition dont il profite et déclare que ses dessins sont plutöt une réaction a une thèse critique donnée qu'une réponse spontanée aux problèmes du jour, bien qu'il ceuvre aussi de cette dernière manière. Quant a sa technique du dessin, dérivée des XVIIIe et XIXe siècles, elle n'a pas pour but de rendre eet aspect confec- tionné propre aux deux derniers siècles. En réalité, s'il l'a choisie, c'est paree qu'elle permet une reproduction [Suite page !7!] - l-iue quelques-uns, se sont taillé une place de choix dans les annales l'art graphique en dessinant pour les masses populaires. En amijmettant en scène la comédie humaine, l'artiste devait prendre soin i'Epequeot: ale permettre l'identification des protagonistes si rapidement rem- unxi; sblacés au fil des jours. En outrant tel ou tel trait d'un personnage, ipn créait une vérité physionomique proprement indélébile. Cet mrtifice graphique, évidemment, est devenu aux mains d'artistes i - i nineurs un procédé burlesque bon marché. Dans ce cas-ci, la bonne j.'orme était mal employée, le superficiel se substituait a la pénétra- •on psychologique et a l'intuition artistique, d'oü une impression :av i banale et factice. Levine a été associé a la new York review of books dès le èdébut. II n'avait alors pas encore abordé le domaine de la caricature tatirique. Le directeur artistique de la revue lui confia la mission érilleuse de créer des messages graphiques concis qui rehausse- ji aient si possible les comptes rendus exégétiques sophistiqués et ueur feraient écho. Levine choisit le portrait satirique comme l'ins- crument le plus adéquat pour effectuer la synthèse de la personnalité de l'écrivain, de ses ceuvres et de son róle historique. Levine est par 3-ssence un artiste de grand talent, un peintre reconnu dans la tra dition humaniste-réaliste et, comme on le voit par ses portraits, un alessinateur consommé. II s'inspire nettement d'une tradition oü se nencontre le dicton de Pope que «la vraie étude de l'humanité, c'est homme», vérité douloureuse qui semble avoir été effacée avec ;>ien d'autres en notre époque de technologie envahissante. En ijiarge du vacarme et des harangues lassantes des mouvements de ntre-culture avec leur rhétorique «révolutionnaire», Levine a iilP thé Pompidou

Graphis de | 1971 | | page 27