w. Mm A1 aise dans tous les ciels, Georg Gerster, l'auteur du présent article et des photos qui 1 illustrent, était nettement prédestiné a se faire rabatteur d'images pour la publi- cité Swissair, la compagnie aérienne de son pays natal. Docteur ès lettres de l'Université de Zurich en 1956, ce germaniste vint a la photo par le biais du journalisme pour de- venir 1 un des premiers grands photographes aériens de notre temps et l'un des rares a nous avoir ouvert les yeux sur une forme de beauté insoupqonnée jusqu'alors. Ses articles et vues aériennes ont paru dans des publications prestigieuses telles que le National Geographical Magazine, la Neue Zürcher Zeitung et bien d'autres magazines et journaux. Georg Gerster a également publié un grand nombre d'albums de voyages. Les affiches Swissair présentées ici, basées sur des photos exclusives de Georg Gerster, sont le fruit d'un travail d'équipe réalisé avec Emil Schulthess et Fritz Girardin. La Redaction Ta publicité touristique qui fait appel aux ressources de la photogra- -1—phie navigue dangereusement entre le Scylla de la banalité et le Cha- rybde de l'autosatisfaction béate en matière artistique. La photo aérienne réalisée a moyenne altitude crée une distance propice a la concentration sans porter atteinte a l'objet qu'elle reproduit; elle offre ainsi une issue idéale au dilemme évoqué, plus particulièrement lorsque la publicité en question émane d une compagnie aérienne. La photo aérienne procure une expérience visuelle excitante aux confins de l'information et de l'ab- straction. Et si l'on me permet de tirer une le^on de mes propres ex- périences, je me plairai a noter que les affiches présentant des vues aériennes éveillent un double écho et servent a un double usage, ce qui semble prouver que l'expérience est réussie; en témoignent les récom- penses internationales sur le plan graphique d'une part, l'intérêt du corps enseignant, notamment des maitres de géographie, d'autre part. Lorsqu un département de publicité prévoit une affiche illustrée d'une vue de pays ou de continent, il s'agit moins de montrer que d'évoquer par voie d associationil serait par trop facile de montrer sous une optique nouvelle un monument ou repère familier. II est évidemment moins aisé de partir a la recherche de motifs appropriés. II suffit parfois d interroger des photos prises de l'espace. C'est ainsi que j'ai découvert les carrousels d irrigation du nord-est du Nebraska sur un cliché de Skylaben prise de vues aérienne, cela a donné une nouvelle affiche sur les USA. La contemplation de la surface de la Terre du haut d'un avion de ligne fournit d'autres indications utiles. La plupart du temps, il faut toutefois partir a la découverte en charter. L'hélicoptère étant hors de prix, je m'en tiens a des Cessnas monoplans a ailes hautes du type 150 a 206. Je démonte une porte et me penche au-dehors, ce qui me place en plein courant d'air, mais évite des dispositifs techniques et des manoeu vres compliquées. II faut évidemment savoir convaincre le pilote que le démontage partiel s'impose et les compagnies d'assurances qu'il est difficile de repêcher un boitier dans le Sahara, un posemètre au large de l'Australie, un objectif grand-angulaire au Cap de Bonne-Espérance. Une belle trouvaille n'est pas toujours utilisable. C'est que nous por- tons en nous une image du paysage lointain qui n'a pas besoin de coïn- cider avec le motif découvert du haut de l'avion. C'est dire l'importance du tri des clichés, qui est un travail d'équipe, et qui procédé d'un en semble de facteurs malaisé a analyser. Un schéma d'érosion du sol décou vert en Mésopotamie et ressemblant a un dragon se recommandait pour sa valeur de signe; a la réflexion, il fallut l'écarter paree que l'association de l'image avec le Moyen-Orient aurait inquiété le touriste plutót que de l'attirer. Une série d'affiches comme la nötre est comparable a un organisme vivant dans l'intérêt duquel il faut accepter des amputations. Les vues aériennes sont autant de manifestes, de stimuli qui provoquent des réactions différentes suivant que la situation des hommes qui les con- templent se transforme en notre époque mouvante. La photo des échangeurs aux abords de Los Angeles, d'oü fut tirée la première affiche sur les USA, évoquait alors a la perfection l'American way of life et 1 espoir de réaliser chez nous aussi de ces superbes autoroutes mettant fin aux embouteillagesaujourd'hui, elle serait inutilisable, évoquant le cauchemar d une civilisation technologique a laquelle serait sacrifié notre environnement.

Graphis de | 1976 | | page 54