MM MIMIKRY HITLERGRUSSES: couverture de la revue AIZ, 1934 numero 16 Le sens du salut hitlerien le petit homme fait I'aumone. Derriere lui, les millions couverture de la revue AIZ, octobre 1932. Des millions sont derriere moireprend une phrase d'Hitler et propose une inter pretation du salut nazisa main regoit de I'argent d'un industriel le remerciant ainsi des services qu'il rend a la classe possedante et a I'industrie d'armement. Photo BDIC A partir de 1933, AIZ est realise a Prague et diffuse de fagon clandestine en Allemagne. Heartfield rejoint I'equipe puis s'enfuit a Londres ou il vivra jusqu'en 1950, date de son retour a Berlin Est. Dans les annees 20-30, la pratique du mon tage se retrouve dans differents domaines de la creation artistique. Alfred Doblin, dans son roman Berlin Alexanderplatz, utilise des notices de livres de medecine, des itineraires de bus, introduit des faits divers, et fait de Berlin un des personnages principaux. Au theatre, Yvan Goll et Piscator integrent des projections cinema- tographiques dans leurs mises en scene. Dans les photomontages de John Heartfield, cette technique revele son potentiel agitateur et mobilisateur. Puisant directement dans les images de I'actualite, il interroge leur apparente objectivite et, fai- sant naitre une interaction revelatrice entre le texte et I'image, disseque le dis- cours politique, pour montrer au grand jour les perversites de I'ideologie nazie. Des millions sont derriere moideclare Hitler apres un succes electoralHeartfield precise Le petit homme fait I'aumone. Derriere lui, les millions". Hitler prend tres tot conscience de la force de la propagande developpee par les partis de gauche. Decide a les attaquer sur leur propre terrain, le national-socialisme s'approprie les signes et les symboles du mouvement ouvrier pour ses propres campagnes (le rouge, puis la main et la representation des masses ouvrieres). Pour denoncer ce detournement des sym boles qu'il avait lui-meme crees, John Heartfield va alors s'attacher a demonter ces images et ces discours, cette «estheti- sation du politique, mise en place pour banaliser la violence et le totalitarisme. Cette realite ne peut etre apprehendee que mise en pieces par les ciseaux et la super- cherie ne peut etre revelee que par la reconstruction d'une image autre un des photomontages de John Heartfield, publie dans AIZ, montre Goebbels en train d'accrocher la barbe de Marx a Hitler... Ses photomontages tendent autant a devoiler le non-ditqu'a faire partager au lecteur I'analyse d'un etat de fait, d'une situation socio-politique double pouvoir d'une technique qui s'affirme a la fois comme mise en oeuvre d'une reflexion et comme elaboration d'une image propre a marquer les consciences. L'hommage rendu en 1935 par Aragon a Heartfield est aujourd'hui celebre. Bien plus revelateur des questions qui tourmentent la conscience de Louis Aragon que suscep tible d'apporter un reel eclairage sur le propre du travail et de I'engagement poli tique de Heartfield, ce texte vise a faire de lui I'archetype de I'artiste engage John Heartfield ne jouait plus. Les bouts de photographies qu'il agengait naguere pour le plaisir de la stupeur, sous ses doigts s'etaient pris a signifier. Maitre d'une technique qu'il a pleinement inventee, jamais bride dans expression de sa pensee, avec pour palette tous les aspects du monde reel, brassant a son gre les apparences, il n'a d'autre guide que la dialectique materialiste, que la realite du mouvement historique, qu'il traduit en blanc et noir avec la rage du combat Ici, simplement, avec les moyens des ciseaux et du pot de colle, I'artiste a depas- se en reussite le meilleur de ce qu 'avait tente I'art moderne, avec les cubistes, dans cette voie perdue du mystere quotidien Mais ici il y a, en plus, le sens, et le sens n'a pas defigure la beaute. Images d'une vie, images forcement uniques et inimitables, les photomontages de John Heartfield semblent bien plus repondre au desir qu'exprimait Richard Huelsenbeck dans le manifeste dada de 1920 Les meilleurs et les plus inoui's des artistes seront ceux qui a toute heure arra- chent des lambeaux de leur corps au chaos des cataractes de la vie, n'en pouvant plus demordre de /'intellect du temps, avec les mains et le cceur qui saignent. Comment le sens aurait-il pu defigurer la beaute Muriel Paris 43 DER SINN DES

Signes - Bulletin Ars Publica fr | 1993 | | page 49