mm m,.* Les grands trusts de I'affichage ne reculent devant rien. Non contents de detenir ce quasi-monopole (et en plus de s'implanter a present massivement en Europe de I'Est et du Sud), ils militent activement, par I'intermediaire de la Chambre syndicale frangaise de I'affichage (CSFA), pour inter- dire I'affichage sauvage sur leurs intou- chables panneaux. Cette attaque, a I'origi- ne en direction des partis politiques, vise desormais tout emetteur alternatif. Par la realisation d'un sondage aux questions ten- dancieuses (cf. I'article dans Strategies, n°788) le CSFA tente d'accrediter, via le consentement populaire, son bon droit afin de justifier finalement son hegemonie. Les arguments developpes a partir de ce sondage font I'amalgame facile entre degradation de I'environnement et afficha- ge sauvage, assimilant cette pratique a une nuisance intolerable. Mais ou est la vraie nuisance Le debat reste ouvert. Vu le cout prohibitif de ces espaces, les annonceurs independents ou associatifs ne peuvent pas s'exprimer sur les murs des villes. Ces dernieres ne disposant pas en general d'un mobilier urbain autonome, la concurrence est inexistante. «Un espace utopique» A Fontenay-sous-Bois, depuis 1988, la municipality dispose de son propre reseau (80 panneaux d'information municipale et 35 panneaux d'information associative) lui permettant d'afficher ainsi regulierement ses choix politiques, ses projets, ses ambitions. Sur ces panneaux, la municipality donne a voir.principalement sa politique culturelle (expositions, concerts, theatre etc) et son programme d'action pedagogique. Ces affiches de nature heteroclite, tant du point de vue du contenu que de la forme (souvent pauvres) sont en periode electora- le recouvertes par un affichage sauvage. Les panneaux, de par leur format (120x160), leur emplacement (pres du sol) et leur repartition dans la ville, entretiennent une relation de voisinage, un contact avec la population. Avec le Salon de I'Ephemere, ils changent de statut, ils acquierent une nouvelle existence. Ils ne sont plus sup ports d'information, de promotion ou de propagande mais deviennent le lieu d'expressions graphiques et de surprises visuelles. L'apparente gratuite de I'acte et la liberie de ton instaurent un autre dia logue, provoquent ce nouveau regard, ram pant avec les automatismes de lecture. Un vocabulaire inhabituel produit cet heureux decalage. Sur des espaces banalises, ritualises, on entrevoit I'emergence d'un espace d'eva- sion, d'attraction, d'interrogation espace utopique qui ne durera que le temps d'un regard furtif, d'un trajet quotidien. Et cela pendant le mois d'aout, periode du grand vide mediatique», comme le souligne, non sans ironie, I'affiche de Made. C'est I'espa- ce utopique d'une communication visuelle debridee, experimental, pouvant declencher des elements de subversion, «indifferente» quant a I'efficacite immedia te. L'utopie d'une commande, sans cahier des charges contraignant, sans mission a remplir. Un pari en somme, car la liberte est parfois difficile a exprimer et a assumer. Les participants du Salon de I'ephemere se sont investis en gardant leurs propres convictions. Certains n'ont fait que transposer dans la rue un travail d'atelier, d'autres sont intervenus selon I'humeur du moment ou en fonction de I'environnement, en jouant veritablement la carte de l'ephemere. Rene Mulas 46

Signes - Bulletin Ars Publica fr | 1993 | | page 52