1992, un bon cru Les dessinateurs de Charlie Hebdo, Sine, Gebe, Charb, Honore, ont finement reussi le passage du dessin de presse a I'affiche en gardant leur esprit satirique et irreveren- cieux. Gorce, dessinateur a la Grosse Berta, livra une image «bedonnante» d'un humour decapant. Made du groupe Laralouroux proposa un element du Bio Blo», retranscription graphique du bla bla, en fait une affiche dans la continuity de son travail sur les systemes de communication, applique ici a la problematique de «l'emballage mediatique». Paella, via son bonhomme a spirale fetiche, posa la ques tion fondamentale Ai-je vraiment une tete d'ephemere Placid et Lulu Larsen ont choisi de semer la confusion en prenant pour cible la religion. Lulu Larsen, sur un panneau encore etique- te «affichage administratifannonce a la population qu'en raison de complications, la messe sera dite en anciens Francs. Jean Frangois Lesenfans proposa une vision onirique, tres kitsch, de I'ecologie Rene Mulas a poursuivi son intervention sur le theme du sang et de I'identite. Pajak, Jean Hin, Lolo Thomas realiserent aussi des oeuvres interessantes. Gerard Paris- Clavel quant a lui, choisit d'intervenir sur le mur fronton du commissariat de police, place de I'hotel de ville, en accolant une serie de Mickets-rats, dans lesquels etaient placees les images emblematiques de I'association Ne Pas Plier. Ces affiches semblent ne pas avoir laisse indifferents certains habitants de Fontenay. Ainsi a-t-on pu constater les reactions inat- tendues suivantes I'affiche de Sine fut par deux fois graffitee (par la meme main ano- nyme «stupide» et encore stupide». Sine doit pavoiseril derange toujours, sur- tout si I'on pense que cette affiche est la retranscription quasi conforme d'un dessin paru en 1966 dans un numero special de Sine-Massacre sur le colonialisme. L'affiche de Placid fut laceree, celle d'Honore amputee d'un de ses collages, deux autres encore furent derobees. Mais ce parasitage semble negligeable, en comparaison de ce qui se passa lors du 4eme Salon en une nuit tous les panneaux furent recouverts par un afficha- ge politique intempestif... percept'0" Del**0 Placid Dans tous les cas, une fois exposees, les oeuvres n'appartiennent plus a leurs auteurs. Malgre les demandes de recupera tion, ces affiches seront definitivement recouvertes. Depuis deux ans, le Salon de I'ephemere tente de developper un art tous azimuts (volume, installation), en donnant carte blanche a des sculpteurs et des plasticiens. Un projet encore en gestation, difficile semble t-il a gerer, notamment du point de vue de I'utilisation des materiaux et de leur implantation dans la ville. Comment ne pas tomber dans la routine En developpant des echanges, avec d'autres villes par exemple, en invitant des artistes etrangers, en creant des evenements paralleles, des performances, des spectacles de rue, en proposant d'impliquer directement les habi tants avec des espaces libres mis a leurs dispositions... Tous ces projets necessite- raient une infrastructure et un budget plus important. Mais faut-il aller plus loin, sans risquer de denaturer I'esprit du Salon L'option permettant d'intervenir directe ment dans les lieux d'habitations, dans les cites, ainsi que I'avait fait en 1991 Thomas Hirschhorn, collant pres de 55 travaux dans la cage d'escalier d'une tour du Val de Fontenay, ne semble pas avoir ete retenue. En attendant la prochaine edition qui devrait compter plus de 100 participants, avec a disposition le reseau d'affichage quasi integral de la ville, le Salon de I'Ephemere doit resoudre le delicat proble- me du parcours. La dispersion des travaux est telle qu'il est difficile de ne pas s'y perdre. II faudrait des points de reperes, des renvois, une signaletique qui organise- rait un immense jeu de piste... Et pourquoi ne pas imaginer, comme a Berlin, une telle initiative developpee dans le metro un espace symbolique, public et populaire, offert a des artistes pour des actions vivantes et ephemeres. L'esprit libre» des usagers et des membres du personnel, jusqu'ici coince entre une guerre de sol- vants (lutte contre les tags) et une course a I'amende (lutte contre le tabagisme), pourrait peut-etre enfin s'y epanouir... Frederic Massard Lee Milo Laralouroux Exposition les decouvertes du Salon de I'Ephemere 92 (Mathieu Bertola, Eric Meyer, Charlotte Castanier, Sofi Hemon, Max Flandrina) a la Maison pour tous, 62 rue Gerard Philipe, Fontenay- sous-Bois, jusqu'au 6 fevrier Pour participer au Salon, contactez Evelyne et Philippe Chat au 48 75 05 21 47

Signes - Bulletin Ars Publica fr | 1993 | | page 53